Homélie du Dimanche 13 mai 2018

P. Joseph G. EID

« Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »

Dans l’AT, la Loi ne commande-t-elle pas : « …Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? Quelle est donc la nouveauté du commandement de Jésus ?On est habitué à penser à la nouveauté comme à quelque chose qui désigne ce qui n’avait pas encore été dit ou réalisé, le dernier cri. Mais ce qui est « dernier cri » sera toujours très vite remplacé par autre chose qui ne sera « nouveau » qu’un temps, pour devenir à son tour obsolète.

Le commandement de Jésus, lui, est « nouveau », non au sens d’inédit mais au sens de qualité, de profondeur. Quand on parle d’une ALLIANCE « NOUVELLE », il ne s’agit pas de remplacer les 10 commandements, mais d’une relation à Dieu qui sera d’une qualité radicalement différente. Il s’agit de l’amour crucifié de Jésus qui ne pourra jamais être surpassé.Lorsque Jésus précise : « COMME JE VOUS AIME », ce n’est pas là uniquement un exemple à suivre : tenter de « faire pareil ». C’est l’amour de Jésus qui provoquera l’amour mutuel entre disciples, qui en sera le fondement, la source. La nouveauté de ce commandement est donc Jésus en soi, son amour présent dans le monde.

Mais, paradoxalement, on ne ressent pas toujours dans notre quotidien la présence agissante de l’amour de Jésus. Cela est dû peut-être au fait que Jésus n’est plus présent physiquement. En effet, Jésus va disparaître au regard de ses disciples. Je suis encore avec vous, mais pour peu de temps. Sa disparition est une invitation à chacun de nous, tout particulièrement à ceux qui sont appelés à croire sans voir, aux Thomas que nous sommes. Le Seigneur est en train de nous dire : Je vais disparaître, DONC aimez-vous les uns les autres ! La communauté chrétienne est le substitut de l’absence de Jésus. Les gens ne verront plus Jésus : ils ne verront que des hommes et des femmes qui disent croire en lui. Cette foi ne sera crédible que si elle est confessée et proclamée par des hommes et femmes en communion d’amour, réelle, visible, manifeste.

Chers frères et sœurs, la charité chrétienne n’est pas une aumône jetée aux pieds du mendiant. Elle est l’élan qui vient de Dieu, passe par Jésus et anime entre eux ses disciples : c’est pourquoi le plus grand argument missionnaire n’est pas le raisonnement théologique, la perfection morale des croyants, la beauté des liturgies, le nombre de pratiquants, mais leur amour mutuel, leur unité.Ne vous détrompez pas. La paroisse n’est pas qu’un lieu de célébration de rites, un organisme de solidarité, mais doit impérativement être d’abord une « vraie communauté ». Elle n’est pas une masse de pratiquants qui se juxtaposent une heure le dimanche pour s’ignorer le reste de la semaine.

L’idéal (très difficile, toujours à construire) de l’amour mutuel frappera les hommes qui y verront le signe par excellence de la présence de Jésus vivant.

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