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Homélie Le Pharisien et le Publicain

Seizième Dimanche de la Pentecôte 

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Luc 18, 9-14

Chers frères et sœurs, dans l’évangile d’aujourd’hui nous sommes face à une parabole familière, l’histoire du pharisien et du publicain, deux hommes qui, semblerait-il, viennent au temple adorer le Seigneur. Chacun des deux s’exprime différemment sur son expérience personnelle avec Dieu, sur ce que Dieu a accompli dans sa vie et ce qu’à ce qu’il serait en train de faire pour Dieu.

L’évangile de Luc nous présente le pharisien, qui en tant que figure religieuse, en tant que leader, est appelé à montrer l’exemple. Et dans le temple, il décrit ouvertement quel genre d’exemple il est. Il se décrit comme il se voit et il contemple son exemplarité, ses accomplissements. Il est bien d’être fier de soi-même, de ce que nous avons réalisé. Bien plus, il est bien de rendre grâce à Dieu pour la personne que nous sommes etc. C’est ce que fait le pharisien. Il « rend grâce » à Dieu pour tout cela. Il attribue à Dieu le fait qu’il ne soit pas comme les autres hommes… ou encore comme ce publicain. En cela, il dit vrai. Nous sommes tous différents, pas comme les autres. Son propos n’est pas condamnable en soit, mais ce qui est triste c’est qu’il se dresse lui-même en juge condamnant les autres, les traitant d’être voleurs, injustes, adultères.

De plus, sa prière ressemble plus à une éloge personnelle orgueilleuse et vaine qui se vante au détriment des autres. Le problème majeur de certains d’entre nous c’est de penser que nous sommes parfaits, c’est de ne pas reconnaître leurs faiblesses et de passer son temps à examiner les défauts des autres, alors que bien que nous soyons tous différents, nous cheminons tous sur le même chemin, nous traversons tous l’océan dans le même navire, avec nos limites et nos incohérences et avec en bagage la belle complexité de notre condition humaine.

Autre défaut qui nous guette et que nous dévoile l’attitude du pharisien, surtout dans sa manière de prier, c’est de ne pas savoir s’incliner et de ne pas savoir prendre distance en priant, pour précisément repérer ce qui, en nous, nous empêche d’avancer. Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même. Pour prier, nous devons apprendre l’humilité, et nous devons apprendre de ne pas rester centrés sur nous-mêmes, mais plutôt de s’examiner.

C’est ce que nous apprend le publicain qui se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !”D’une part, il sait prendre ses distances. Il est dans une attitude d’humilité. Il n’ose même pas lever les yeux vers le ciel. Il se tourne vers Dieu avec espérance tout en reconnaissant ses péchés. Il ne se laisse pas sombrer dans le désespoir à cause de ses péchés, et exprime sa confiance en Dieu à travers sa belle supplication.

A Jésus de déclarer : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

A Notre Seigneur la gloire pour les siècles des siècles.

Homélie Quinzième dimanche de la Pentecôte

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Luc 7, 36-50

Chers frères et sœurs, nous voilà, après les vacances, réunis pour relancer nos activités paroissiales. Certains d’entre vous ont cette habitude louable de formuler de nouvelles résolutions pour le nouvel an … ce qu’ils aimeraient accomplir sur le plan personnel, professionnel, familial, etc. Bref, un projet qui leur semble important.

De même qu’avant chaque réunion du conseil paroissial, j’envoie aux membres du conseil l’ordre du jour, l’évangile d’aujourd’hui nous révèle notre « ordre du jour » pour toute l’année : Se savoir pardonné et pardonner. Vous pourriez me dire que dans l’évangile d’aujourd’hui, il s’agirait surtout de montrer beaucoup d’amour afin de recevoir le pardon de Dieu.C’est ce que laisse entendre la plupart des traductions de ce beau verset à propos de la femme pécheresse que nous venons d’entendre : Ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Ce qui laisse entendre que la femme a été pardonnée car elle a montré beaucoup d’amour, car elle a agi avec amour. Cette interprétation est l’interprétation la plus classique, celle des pères de l’église, de nombreux saints. Et cette interprétation est tout à fait valide.

L’amour est comme le feu en nous, il nous brûle et nous transforme. D’où cette interprétation qui insiste sur l’ardeur du feu de l’amour de cette femme, la transformant, brûlant ses péchés. De même, à cause de notre conformité sacramentelle avec le Christ, nous qui avons été baptisés et confirmés, nous qui recevons l’eucharistie, le corps, le sang et la divinité du Christ, nous qui participons au sacrement de réconciliation, vous et moi, nous sommes transformés en Lui.

Ceci dit, chaque expérience authentique d’amour que nous donnons est une révélation. C’est la manière par laquelle le Christ révèle au monde son amour crucifié aujourd’hui. Nous avons reçu l’ultime commandement de Jésus de nous aimer les uns les autres comme Lui Il nous a aimé, non parce que c’est beau, parce que c’est bien, mais parce que c’est la manière par laquelle Notre Seigneur continue à se rendre présent et à être actif dans notre monde. En d’autre termes, c’est de cette manière par laquelle le Christ sauve aujourd’hui, par l’amour incarné et concret, et non pas un amour idéal désincarné et non connecté au monde… à travers votre amour, mon amour, par l’amour que partagent un époux et une épouse, l’amour des parents envers leurs enfants, par nos actes de charité authentique vis à vis des pauvres, vis à vis de nos collègues au travail, surtout ceux qui nous tourmentent.

Oui l’amour transforme, l’amour crucifié sauve, et à cause de cet amour, nos péchés sont pardonnés. A cause de cet amour sacramentel, nous participons en tant que baptisés non uniquement à notre propre salut, mais au salut du monde. C’est votre vocation. Mais il y a une autre interprétation tout aussi valable et légitime, et tout à fait révélatrice du projet de salut de Dieu. Une autre traduction de la conjonction khoti traduite traditionnellement par puisque/car (puisqu’elle a montré beaucoup d’amour), c’est de dire ainsi (pour cette raison). Le verset devient : Ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, pour cette raison elle a montré beaucoup d’amour. L’amour de Dieu, la miséricorde de notre Seigneur précède notre amour. L’amour de Dieu n’est pas conditionné. Dieu n’est pas en train de peser nos actions : Voyons si vous vous êtes bien comporté aujourd’hui, voyons si vous méritez mon pardon. Il n’y a pas de test, il n’y a pas d’examen à passer.

Notre salut ne dépend pas de nos actions, de ce que nous avons accompli. Le Christ est déjà mort pour notre salut sans aucun mérite de notre part. Quelle joie pour nous de nous savoir à ce point aimés, déjà pardonnés. Quelle reconnaissance devrions-nous ressentir. Et notre amour, notre foi, notre espérance et notre charité sont nos réponses à ce que le Seigneur a déjà accompli en nous. Nous agissons à cause de la joie qui réside en nous.

Oui chers frères et sœurs, voici notre ordre du jour, ou plutôt de l’année. Sachons que nous sommes aimés et pardonnés. Que cette assurance nous mène à pardonner aux autres. Soyons dans la joie, conscients de l’amour de Dieu. Cet amour qui nous transforme en fille et fils réconciliés et réconciliant, en la chair de notre Seigneur.

Aujourd’hui, nous n’avons pas à acheter cet amour gratuit. Nous n’avons pas à marchander la grâce de Dieu. Recevons ce qui nous est donné dans la joie, et soyons des témoins de cet amour crucifié.

Homélie septième Dimanche de la Pentecôte

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Luc 10, 1-7

Chers frères et sœurs, le texte que nous venons d’entendre résume en quelque sorte la mission de l’Eglise. J’aimerai d’abord rappeler deux caractéristiques de la mission du peuple choisi qui se manifestent tout au long de son histoire, de son aventure terrestre avec Dieu, et en tirer leçon concernant notre propre mission.

La première chose à rappeler est l’universalité de la mission conférée à ce peuple. Ce qui est mis en évidence dès le début, au chapitre douze du livre de la Genèse, avec l’appel particulier d’Abraham : « Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, etc. En toi seront bénies toutes les familles de la terre ». Notre mission est universelle. Nous sommes appelés à aller en avant, vers les autres, pour témoigner de l’amour de Dieu, témoigner qu’Il est avec nous (Emmanuel).

Le deuxième point important, en lien avec le premier, est le souci dominant des prophètes de préserver Israël qui traversait des difficultés incessantes, dans sa foi face aux différentes tentations, suite aux infidélités, etc. A cause de cela, le peuple d’Israël n’a jamais assumé cette dimension universelle. Jésus se démarque bien sûr des prophètes de l’Ancien Testament et de Jean le baptiste son précurseur.

De l’extérieur, il s’engage dans différentes activités missionnaires. Cependant il ne se contenta pas d’attirer des disciples, mais il les envoya vers les autres. Dans la perspective de Jésus, la mission débutait vers Israël, les brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 10), puis se poursuivait vers le reste de l’humanité, de sorte que l’Eglise, fondée par le Christ sur les apôtres, est de par nature universelle (catholique) et apostolique. Elle n’est pas une Eglise nationale, liée à un pays quelconque.

En tant que membres de l’Eglise universelle, nous sommes parfois face au risque d’être tellement pris par nos soucis et par nos préoccupations de tous les jours que nous en oublions notre appel premier, celui d’aller en avant, de témoigner de l’amour de Dieu et de le porter vers le monde. Bref, d’être lumière, porteur d’espérance aux autres. Osons nous démarquer de ce qui nous entoure. Puisons notre force en Jésus. Il nous a envoyé l’Esprit-Saint pour nous aider.

Chers frères et sœurs, le dernier commandement adressé aux disciples est d’aller vers toutes les nations. Le Christ nous répète cet appel en tant que paroisse également. Ne nous contentons pas de notre confort personnel, familial ou communautaire. Laissons-nous, en ce temps, être pénétrés par le souffle de l’Esprit qui veut nous renouveler d’avantage et qui nous invite à bouger et non à croupir dans nos habitudes.

Ne transformons pas notre paroisse en une association rigide qui ne se préoccupe que des aspects financiers, ou de l’organisation d’événements aussi importants qu’ils soient. Soyons disciples, chrétiens et fiers de l’être, dans l’humilité et le service.

Que notre paroisse soit une paroisse qui plaise à Dieu et qui lui rende gloire…

Homélie Troisième Dimanche de la Pentecôte

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Jn 14, 21-27

Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime

Chers frères et sœurs, l’amour est le plus beau cadeau qui nous est donné. Quand deux personnes s’aiment cet amour qui les éprend touche tout leur être, les touche même corporellement. Rappelez-vous le premier coup de foudre, la première fois que vous avez réalisé que vous étiez amoureux. Les sensations bizarres que vous avez ressentis, leur complexités, ce mélange paradoxal d’angoisse et d’extase , d’inquiétude et de joie.Et il n’est pas anodin que la relation que Dieu veut nouer avec chacun de nous et avec toute l’humanité ressemblerai étrangement à cette passion amoureuse.

Une des plus belles illustrations en est le cantique des cantiques, que certains d’entre nous jugeraient très osé. Cependant, au fur et à mesure que deux personnes cheminent dans l’amour, bien que guidés par la flamme originelle, les deux amoureux cherchent à trouver le repos l’un avec l’autre. L’autre devient source de stabilité, source de paix si je me laisse conduire dans la confiance.

De ce fait, quand nous sommes amoureux, nous ne pouvons pas ne pas chercher à être ensemble à demeurer l’un avec l’autre : … nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure.Au début de la relation, nous sommes face à l’inconnu. Nous ne savons pas quelle serait la réponse de l’autre, si l’amour est partagé. Nous sommes inquiets et nous cherchons à avancer, à progresser ensemble.

Donc, aussi paradoxalement que cela ne puisse le paraître, l’amour cherche à retrouver l’autre, à se construire une demeure avec l’être aimé. Et les pierres qui formeront l’assise de cette demeure nous ont été également données. Il suffirait de les utiliser. Pour bâtir cette demeure, le Seigneur nous offre les commandements. Et chaque fois que nous gardons ses commandements nous ajoutons une pierre à l’édifice.

Car l’amour bien qu’il soit flamme, est également un choix que nous devons faire en toute liberté et maturité. Je ne peux pas prétendre à l’amour si je n’exprime pas cet amour. Je ne peux pas prétendre aimer quelqu’un si je ne réponds pas à son appel d’amour. Garder les commandements, c’est une manière de dire au Seigneur que je L’aime, que j’ai confiance en Lui, que j’accueille ses commandements les bras ouverts car je reconnais qu’ils me sont donnés pour mon édification, pour mon bien.

Et celui qui aime vraiment le Seigneur et qui garde ses commandements, fait vraiment cette expérience d’être avec Lui, d’être proche de Jésus et du Père, d’être guidé et consolé par l’Esprit.

Chers frères et sœurs, en ce troisième dimanche de la Pentecôte, nous demandons à notre Dieu de nous aider à vraiment le choisir comme notre ultime bien. Ouvre nos cœurs Seigneur à Ton amour, aide-nous à demeurer avec Toi en gardant tes commandements de vie.

Homélie de la solennité de la Pentecôte

P. Joseph G. EID

Chers frères et sœurs, nous célébrons aujourd’hui la fête de la pentecôte. Et cette fête rejoint les deux autres grandes fêtes chrétiennes : la nativité de Notre Seigneur, et celle de Pâques.

Cependant, il me semble tout à fait étonnant, que cette fête primordiale, qui marque la naissance de l’Eglise dans l’Esprit, n’aie pas eu la même ampleur que les deux autres fêtes.

A Noël par exemple, nos paroisses sont bien décorées : crèches, lumière etc. Pareil pour nos maisons. La décoration, même si elle devient, petit à petit, dénuée de toute connotation religieuse, évoque l’importance de cette période festive même pour ceux qui n’ont pas la foi. Et ce qui est étonnant, c’est que cela ne se limite pas à la décoration. Nous remarquons qu’il y’a une culture de Noël, des vêtements de Noel, des mets pour l’occasion même sur le plan cinématographique, chaque année, plusieurs d’entre nous attendent impatiemment des films de Noel qui n’ont rien avoir avec la Nativité du Christ.

Pour Pâques, l’Eglise toute entière s’y investit : Carême, jeûne, prières, actes de charité chrétienne, chemin de croix, décorations pour les différentes fêtes liturgiques surtout pour Pâques. Bref, tout le monde attend Pâques.

Ce qui n’est pas le cas pour la pentecôte. Nous n’y consacrons pas énormément de temps, que ce soit sur le plan spirituel ou autre. On pense surtout à la bénédiction de l’eau… Avouons-le, ce n’est pas comme si l’on attend impatiemment cette fête, comme on le fait pour Noël ou pour Pâques. Il n’y a pas de cadeau à la pentecôte, même liturgiquement parlant, pas de grande variété de chants, pas de grandes traditions qui accompagnent cette fête comme pour Noël et Pâques. Personne ne décore sa maison pour la pentecôte. Il n’y a pas de mets ou de vêtements particuliers pour cette fête.

Et pourtant, c’est en cheminant dans la foi, à travers mon parcours religieux et à travers ma vocation sacerdotale, je suis devenu de plus en plus conscient de l’importance de cet évènement. Jésus lui-même à travers ses différentes manifestations et apparitions prépare les disciples en essayant de leur expliquer qu’il y’aura quelque chose d’extrêmement important qui va se passer. La promesse de l’envoi de l’Esprit. Mais les apôtres ne comprennent pas. C’est à la pentecôte, quant la flamme de l’Esprit les saisit au Cénacle, c’est là qu’ils font cette expérience inouïe qui va transformer radicalement leur vie.

Depuis ce moment historique, l’histoire, l’humanité, ne sera jamais plus la même. Désormais, vous et moi, nous pouvons vivre en Dieu, habiter en Lui et être unis à Dieu, si nous le souhaitons. Et l’Esprit qui unit le Père et le Fils, nous unit aux trois personnes de la Trinité.Et le prêtre porte l’habit liturgique de couleur rouge (rite latin et maronite) ou doré (rite maronite) car ce temps liturgique c’est le temps de l’Esprit qui agit en l’Eglise.

Et la couleur de l’Esprit c’est le rouge qui symbolise le feu (de l’Esprit), l’amour embrasant de Dieu qui purifie (ce qui rejoint la couleur dorée, l’or qui est purifié au feu). Mais en même temps, le rouge c’est la couleur du sang, c’est la couleur des martyrs, du don de soi, du don de sa vie par amour pour Dieu et pour le prochain.

Car en fin de compte, il ne suffit pas de dire, voilà je suis uni avec Dieu. Certes, ce don de l’Esprit qui nous est donné, à la pentecôte, qui nous unit l’un à l’autre et à Dieu en temps que membres du corps du Christ, du corps ecclésial, agit en nous si nous le souhaitions de manière à ce que nos vies deviennent feu, élan d’amour. Mais on ne peut pas faire ce choix sans une certaine forme de sacrifice, de martyre. L’amour, le vrai, est un feu qui nous consume et qui nous brûle, qui nous sanctifie, qui nous purifie et nous fait rayonner. L’amour de Dieu nous unit intérieurement guérissant nos blessures.

Chers frères et sœurs, ouvrons tous les jours notre cœur au don de l’Esprit, pour cheminer progressivement dans la compréhension et l’amour du mystère de Dieu.