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Homélie du Samedi Saint, Samedi de Pâques

Père Joseph EID

Il y’a quelque chose de très particulier dans le texte que nous venons d’entendre ce soir, car c’est le soir où nous, chrétiens, affirmons que Jésus est ressuscité d’entre les morts. Et Pourtant, Jésus est absent. Le texte de ce soir ne mentionne pas d’apparitions. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais si j’étais à la place de l’évangéliste, j’aurais écrit le texte différemment. J’aurais fait en sorte que Jésus apparaisse devant Pilate dans son palais, ou devant Hérode, ou encore mieux devant Caïphe. Cela aurait été le plus grand « je vous l’ai dit, et vous ne m’avez pas cru » de l’histoire de l’humanité. La plus grande mise en scène. Je ne sais vraiment pas pourquoi Jésus évite les mises en scènes, en tout cas, les miennes.

A la place de cette belle scène hollywoodienne, nous avons ces femmes qui viennent à la tombe, non pas parce qu’elles croient que Jésus va ressusciter, mais parce qu’elles l’aiment. Et c’est pour cette raison que vous êtes là ce soir. Et c’est en vos cœurs que Dieu agit. Car la résurrection de Jésus est bien plus importante que Jésus individuellement ressuscitant d’entre les morts, mais la résurrection est plutôt à propos de la force / de l’action de Dieu qui agit en toute la création, en la transformant. Elle transforme l’humanité, elle nous transforme ce soir, elle agit en nos cœurs. Le Jeudi Saint, nous avons contemplé comment Jésus nous a aimé jusqu’au bout. Au fond de nous, n’ai-ce pas ce que chacun souhaite ; n’ai-ce pas à cela que nous aspirons ? Notre amour est si pauvre, si restreint. Mais ce soir, Il transforme nos cœurs pour que nous commencions à aimer jusqu’au bout. Quatre parties de l’évangile d’aujourd’hui nous aident à voir où Dieu est en train d’agir dans nos vies.

Déjà les femmes se lèvent le matin pour aller vers la tombe. Et elles sont anxieuses à cause de questions pratiques. Comment allaient-elles entrer à l’intérieur pour embaumer le corps de Jésus. Qui nous roulera la pierre ? Elles s’inquiètent à cause de ces choses qu’elles ne peuvent contrôler. Nous sommes souvent habités par ce genre d’inquiétude. Aimer Dieu et aimer les autres c’est surtout avoir confiance que Dieu pourvoira, que Dieu prendra soin de nous. Devant ce qui peut paraître comme une impasse, les femmes réalisent que la pierre a été roulée. Laissez l’amour de Notre Seigneur rouler les pierres que vous avez ramenés avec vous ce soir, ces peurs, ces difficultés, tout ce qui est en train de vous paralyser. Il vous donne en vos cœurs la capacité de l’aimer tellement, au point de lui faire confiance.

Puis les femmes entrent dans le tombeau. Ce tombeau qui symbolisait tout ce qui n’a pas bien marché auparavant, le symbole de l’échec total, de leurs espoirs tombés par terre. Leurs vies semblaient finies. Cette entrée au tombeau nous rappelle que le Seigneur nous donne de nouveaux cœurs aujourd’hui pour ne pas rester paralysés dans un passé illusoire que nous nous sommes formés. Le Seigneur nous donne des cœurs pour nous permettre de nous aimer nous-mêmes, comme Lui nous aime, en guérissant nos blessures antérieures. Jésus est rédempteur parce qu’effectivement il prend tout ce qui va mal et le transforme. Il nous donne assez d’amour pour pouvoir aimer, même les personnes qui nous ont blessées dans le passé, qui nous ont déçues.

Ensuite, nous voyons ce jeune homme (qui n’est pas désigné comme étant un ange), habillé de blanc, qui nous rappelle les nouveaux baptisés qui sont en blanc. Cela nous rappelle que nous sommes censés aimer l’église, l’église toujours nouvelle grâce à ces nouveaux membres en blanc. Une église qui a toujours besoin de nous pour incarner le pardon et la bonté, toute la beauté éclatante et lumineuse de la foi afin que d’autres nouvelles vies puissent commencer. Et tout cela pour nous rappeler notre dignité humaine. Dernier point, les femmes sont invitées à aller vers les disciples et vers Pierre pour leur annoncer que Jésus va les rejoindre en Galilée, là où tout a commencé. C’est là où ils ont été appelés ; c’est le lieu du premier coup de foudre. Là où ils ont appris à aimer le Seigneur. Cela nous rappelle que notre aventure chrétienne est surtout une aventure d’amour et non uniquement une aventure de foi. C’est ce que les disciples ont fini par comprendre. C’est ce qui a dirigé leurs vies, et c’est ce qui, j’espère, va diriger la nôtre à partir de ce soir. Approfondir notre amour pour le Christ, c’est le cadeau ultime qui nous est offert à Pâques.

Chers frères et sœurs, aujourd’hui est un jour nouveau, car il nous donne un nouveau cœur. Oui, la résurrection ne concerne pas que Jésus. Elle nous concerne surtout. Il nous relève de nos voies défaillantes, il redresse nos chemins erronés, il introduit du nouveau dans tout ce qui est ancien. A vous tous qui êtes venus ce soir parce que vous aimez le Seigneur, vous voulez l’aimer jusqu’au bout et aimer les autres jusqu’au bout, je vous dis tous : Christ est ressuscité (x3) Père Joseph EID

Homélie du Vendredi Saint 2018

P. Joseph G. EID

Chers Frères et Sœurs, en ce Vendredi Saint, nous nous rassemblons autour de la croix. La croix au cœur de cette célébration liturgique, captivante, séduisante, qui domine nos visions et notre imagination. Elle devient un symbole vivant, un signe de l’amour que Dieu a pour chacun de nous, amour qui est rendu visible par Jésus crucifié sur la croix ! Amour rendu visible par le fait que grâce au sacrifice de notre Seigneur, nous avons un accès libre et illimité à la source du pardon de nos péchés, de l’amour, et de la compassion. Mais les douleurs de Notre Seigneur continuent à cause de l’indifférence, la froideur, l’endurcissement des cœurs. Ses douleurs continuent quand nous n’arrivons pas à accueillir Jésus dans l’autre, dans les plus petits, les marginalisés, les personnes fragiles …

Ce n’est pas que vous et moi avons délibérément comploté et choisi d’offenser Dieu, ou d’insulter l’amour de Jésus pour nous, ou même d’ignorer consciemment la grâce de l’Esprit-Saint. Ce n’ai pas non plus que nous choisissons volontairement d’agir ainsi. Alors nous avons le droit de nous demander pourquoi il est si difficile de bien agir ; pourquoi semble-t-il des fois si compliqué de faire jaillir la bonté qui réside en nous, même quand nous avons les meilleures des intentions ? Pourquoi souvent nous nous trouvons en train de faire précisément ce que nous ne sommes pas censés faire, ou ce que nous voudrions éviter de faire ? Bien plus, pourquoi sommes-nous si incapables des fois d’accomplir les bonnes actions que nous aimerions accomplir ? Peut-être que la question la plus importante que nous devrions nous poser est celle-ci : que faire face à cette condition écrasante, troublante et dévastatrice que nous appelons condition humaine ? Cette situation dans laquelle nous nous trouvons si souvent, de simplement être incapable de vivre selon ce que nous savons être vrai, de ne pas pouvoir vivre selon la grâce, de ne pas pouvoir agir selon notre pouvoir et capacité réels, et de ne pas vraiment réaliser notre vrai potentiel.

Pour cette raison, l’Eglise nous invite aujourd’hui au pied de la croix ; et elle nous rappelle avec insistance que malgré nos échecs, nous vivons dans un monde submergé du pardon de Dieu et de son Amour, grâce à la croix ! Au pied de la croix, nous réalisons que tout n’est pas perdu pour nous. Nous prenons conscience de notre importance aux yeux de Dieu. Jésus a tellement subi pour nous parce qu’il pense que nous sommes importants, que notre vie a un sens, et qu’elle mérite d’être vécue. Quand vous contemplez la croix, soyez conscients que devant vous se dresse le remède au désespoir. Devant nos yeux s’ouvre la porte du paradis. Déjà, nous pouvons expérimenter le salut qui nous est proposé. Dès maintenant, nous pouvons éprouver le pardon qui nous est offert. Face à la croix et du cœur du crucifié, vous pouvez à l’instant-même, permettre à la nouveauté de surgir en vous.

Ce Vendredi Saint, faisons un pas de plus vers la croix, vers notre croix et celle de Jésus. Regardons notre souffrance face à face, mais contemplons également la passion de notre Seigneur. Tournons-nous vers Notre Seigneur Crucifié, et laissons son regard plein de miséricorde nous pénétrer.

A Notre Seigneur la gloire pour les siècles des siècles.

Homélie du Jeudi Saint 2018

P. Joseph G. EID

Chers frères et sœurs, l’épisode du lavement des pieds n’est mentionné que dans l’Évangile de Jean. La tâche de laver les pieds était celle du domestique le moins qualifié. Les gens traversaient souvent des déserts et des chemins poussiéreux. Ainsi fallait-il se laver les pieds fréquemment pour se débarrasser de la poussière, surtout avant les repas. J’aimerai insister sur 3 points.

La première chose qui a attiré mon attention est dans le premier verset où Jésus insiste sur la priorité du service. Et Jésus insiste à ce que nous acceptions même les taches les plus modestes. Il n’y a pas de service ou de tache déplorable. En se mettant au service de l’autre, l’essentiel est que nous ayons en nous cette aspiration à aimer l’autre davantage, à l’aimer jusqu’au bout. Et il y’a quelque chose d’étonnant et de bouleversant, non pas uniquement en ce que fait Jésus, mais également en ce qui concerne le moment même ou il agit. Que feriez-vous si vous étiez à la place de notre Seigneur ? Que feriez-vous si vous saviez que dans les 12 heures qui vont suivre vous allez mourir d’une mort violente et atroce ? Peut-être souhaiteriez-vous passer du temps avec ceux que vous aimez ? En ce qui me concerne, personnellement, je ne pense pas que la première chose qui me viendrait à l’esprit serait de faire ce que Jésus a fait en cet évangile. Et s’il le fait à ce moment précis, avant la fin, c’est pour montrer à ses disciples à quel point cela est important, et qu’il n’y a pas de moment particulier où le chrétien devrait agir en serviteur. En quelque sorte, c’est le testament de Jésus. Jésus s’est anéanti pour nous apprendre comment aimer jusqu’au bout. Cet amour jusqu’au bout ne se manifeste pas uniquement dans le service de ceux qui nous sont fidèles, mais nous devons également agir ainsi vis à vis de ceux qui peuvent nous blesser, nous trahir. N’oubliez pas que Judas était là, et que Jésus savait qu’il allait le trahir. Cela ne l’a pas empêché de s’incliner devant lui et de lui laver les pieds.

Un autre point que Jésus nous a montré en lavant les pieds de ses disciples est sa confiance en son identité. Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu… Jésus se connaît. Il connaît qui Il est. Il sait que le Père lui a tout remis entre ses mains. Il sait qu’il est sorti du Père. Malgré cela, il choisit de s’abaisser. Cela nous apprend qu’il nous faut comprendre notre identité pour pouvoir s’abaisser et agir en toute humilité. Trop souvent, nous sommes plus dans l’idée que le monde et que les autres nous ont aidé à forger de nous-mêmes. Nous ne nous connaissons pas vraiment car le monde nous apprend à rester dans le paraître, et nous éloigne de l’authenticité. Si vous êtes là ce soir, c’est parce que vous voulez être authentiques, humbles.

Dernier point que nous adresse le Seigneur est cet appel prioritaire à être serviteur, et qui est un besoin pour le chrétien : … Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres… Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites. Et nous ne pouvons pas être de vrais serviteurs sans être des maîtres à l’image de notre maître. Le chrétien est un leader. En fait, servir signifie diriger. Et le dirigeant doit agir humblement. Nous ne pouvons pas être appelés disciples du Christ et ne pas vouloir servir de façon humble. Cela ne signifie pas que le chrétien qui accepte un rôle de leadership doit toujours accepter de subir, et laisser les autres toujours l’humilier. Cela ne signifie pas non plus que nous devons toujours nous taire. Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais, dit Jésus en Matthieu 5. On a le droit de dire non, voire le devoir parfois de dire non, surtout quand il s’agit de s’opposer au Mauvais. Mais quand il s’agit de manifester l’amour du Christ, cela signifie plutôt que chacun de nous devrait être disposé à s’abaisser et se mettre au service de l’autre. Servir les autres au prix d’un sacrifice personnel ; s’abaisser et s’incliner lorsque nous n’avons pas à le faire, ou plutôt parce que nous n’avons pas à le faire. Paradoxalement, quand nous agissons de cette manière, nous serons dans la joie : Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites.

Chers frères et sœurs, en ce jour particulier, ayons en nous les mêmes dispositions que notre Seigneur qui s’est mis à notre service. Le Jeudi Saint rejoint le Vendredi Saint et la Pâques du Seigneur. Apprenons à nous abaisser par amour du Seigneur et de nos frères, ainsi du fin fond de l’abîme, et de la coupe amère bue avec consentement, jaillira la lumière de la résurrection et la joie de Pâques.

A notre Seigneur la gloire pour les siècles des siècles.

Homélie du mercredi saint 2018

P. Joseph G. EID

À partir de ce jour-là, ils décidèrent de le tuer.

Chers frères et sœurs, comme les membres du Conseil suprême, plusieurs athées ont tenté de tuer Dieu. NIETZSCHE a prétendu le faire. Plusieurs s’octroient la tache de juger Dieu, de l’enchaîner dans leurs propres raisonnements, de l’entraîner au tribunal, voire de décider de le mettre à mort, ou de faire comme s’il n’existerait pas. Tous ceux qui ont pu croire à cette illusion sont morts en essayant. Dieu ne mourra pas.

Lorsque nous pensons humilier Dieu, nous finissons par nous embarrasser, car comme le dit St Irénée, la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. Quand nous louons et glorifions Dieu, c’est nous qui sommes glorifiés. Certains parfois s’attaquent à Dieu, d’une manière consciente ou inconsciente, surtout quand ils s’opposent à la vie humaine. Même en s’attaquant à la vie humaine, surtout à ceux qui sont les plus fragiles, nous nous embarrassons et nous vidons nos mots préférés comme « justice », « tolérance », « respect », « liberté », « fraternité » et « égalité » de tout sens.

Oui, chers amis, quand nous pensons humilier Dieu, nous finissons par nous humilier. En fin de compte, ce que nous essayons vraiment d’éliminer ce n’est pas Dieu Lui-même, mais plutôt l’image que nous nous sommes formée de Dieu. Et là, je dois faire la différence entre ceux qui sont dans l’aveuglement et dans l’endurcissement complet, et ceux qui cherchent la vérité authentiquement et qui gardent leurs cœurs et leurs esprits ouverts. Pour ces derniers qui sont prêts à se remettre en question, et qui se permettraient d’adopter une attitude d’humilité, peut-être, ne serait-il pas mauvais qu’ils se libèrent des fausses images de Dieu qu’ils se sont érigées ou qui leur ont été transmises. Peut-être que cela éveillera en eux des dispositions intérieures qui leur permettraient d’entrer dans un dialogue réel avec Dieu, et d’apprendre à le connaître tel que Lui aimerait se présenter à eux ; ce que la plupart des grands prêtres et les pharisiens n’ont pas fait, ce que la plupart des membres du Conseil suprême n’ont pas accepter de faire non plus ! Même pour les croyants il est important de se remettre en question et de laisser une fenêtre ouverte aux nouveautés que Dieu aimerait introduire en nos vie, afin d’apprendre à mieux le connaître.

Il en est ainsi de la figure de Job en ce mercredi saint. Job souffre énormément, au point qu’il est défiguré, et qu’il n’est presque plus reconnaissable. Tout comme le Christ souffrant sur la croix, il boit la coupe amère qui s’offre à lui. Il essaie de l’éloigner de lui, mais il n’y a pas d’autres issues. Belle figure du croyant qui se remet en question, qui accepte le défi que la vie lui lance. Malgré les douleurs intenses qu’il va subir, malgré la perte de biens, la perte de membres de sa famille, de maladies et de souffrances de toutes sortes, il se permet d’interroger Dieu, il l’entraîne au tribunal, non pour le juger, mais pour prouver son innocence, pour essayer d’obtenir une réponse. Oui Job est innocent, et il ne permet pas aux tribulations de le mener à d’autres chemins ou à d’autres issues que celle de la foi. Certes il riposte, il s’interroge, il interroge les autres, et surtout, il questionne son Créateur, mais il ne sombre pas dans le désespoir, même quand il est au fond de l’abîme. Il veut comprendre pourquoi il souffre, il veut savoir quel sens donner à sa vie. Après tant de fatigue et de découragement, Job lâche prise et laisse à Dieu le soin d’éclairer son chemin et de satisfaire sa soif de vérité. Il est comme cette pâte que l’on utilise en cette cérémonie ; une pâte devenue molle entre les mains de Dieu. Une pâte qui peut maintenant accueillir la lumière de Dieu et qui peut à son tour éclairer les autres.

Oui, chers amis, vous êtes la gloire de Dieu. Soyez comme cette pâte fragile, permettez à Dieu de vous modeler. Et si la vie semble des fois tout vous ôter, gardez votre cœur ouvert à la lumière de Dieu. Ne perdez pas l’éclairage de la foi.

Chers amis, les 7 lampes insérées dans cette pâte représentent les 7 dons de l’esprit qui nous sont offerts en nos vases fragiles. Recevez les dons de l’Esprit et ouvrez vos cœurs à Celui qui œuvre en son église ; soyez lumière.

Dieu aime être glorifié en vous, surtout à travers vos fragilités, à lui la gloire à jamais.

Méditation du dernier Vendredi du Chemin de Croix

La séduction de la croix

P. Joseph G. EID

Chers frères et sœurs, cette belle dévotion du chemin de croix que nous avons entamé dès la première semaine du carême a un attrait particulier pour les catholiques et pour les orthodoxes. Paradoxe frappant que l’image d’un homme torturé devienne signe de beauté et de consolation. Les Mormons par exemple, les Musulmans ou les Témoins de Jéhovah trouvent cette image offensante, et pourtant, nous qui professons la foi en Christ crucifié, mort et ressuscité, nous trouvons cette image attirante, séduisante, tout à fait consolante.

Un homme torturé à mort : meurtri, horriblement maltraité. C’est-ce que nous accrochons fièrement sur les murs des maisons, dans les salles de classe (en tout cas au Liban), autour du cou ; et nous vénérons le crucifix/la croix dans nos églises ; et nous apprenons à nos enfants d’embrasser la croix avec révérence, de faire le signe de la croix à des moments précis ou avant chaque défi, etc. Cela en soi est un miracle. Prenez le temps d’y réfléchir. N’est-ce pas là un des nombreux moyens par lesquels la prophétie de Notre-Seigneur s’accomplit sous nos yeux chaque jour : Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes.

Quelqu’un peut-il m’expliquer ce phénomène ? Il est relativement facile d’apprécier l’attrait que nous avons pour l’image de la Vierge à l’Enfant, ou de celle de Jésus avec les enfants, ou de celle de Jésus ressuscité en gloire nous invitant à venir à lui ; mais qui peut être attiré par un homme étendu dans l’agonie, couvert de sang et de sueur, haletant, à peine capable de parler ? Et pourtant nous le sommes. Comment l’expliquer ?

Dans son Éthique de Nicomaque, Aristote dit : « …toute action et tout choix tendent vers quelque bien, à ce qu’il semble. Aussi a-t-on déclaré avec raison que le Bien est ce à quoi toutes choses tendent ». Nous tendons vers le bien. La bonté est attrayante, et le Seigneur crucifié est la révélation suprême de la bonté de Dieu.

C’est parce qu’à un niveau encore plus profond, ce qui est bon l’est précisément parce qu’il se déverse sur ceux qui l’approchent. Comme l’ont enseigné les platoniciens, avant et avec Aristote : « C’est la nature du bien de se répandre ». Le bien est attrayant parce que le bien est un don, un bienfait gratuit, qui se répand et ne demande rien en retour. Ainsi, le crucifix est l’image de la bonté, ou le don de Dieu se répandant sur tous les hommes et toutes les choses. Cela nous attire parce que la croix est la révélation suprême de tout le bien que Dieu nous réserve.

Et ce don est si parfait parce qu’il est la réponse ultime au mal, et à nos péchés. En réponse à nos manquements, face à nos échecs dans le domaine de l’amour, là où nous agissons contre l’amour, et que notre humanité est tellement défigurée et bafouée, Jésus se donne dans le fait même de souffrir sa « passion », à cause du mal que nous avons répandu sur lui : tous nos péchés, graves et légers, toutes nos faiblesses, toutes nos trahisons et ingratitudes, toutes nos tromperies et nos duretés à l’égard des autres, etc. Le crucifix ne nous parle pas de notre bonté, mais de nos défauts tragiques, il est la réponse extraordinaire de notre Dieu de bonté. Et ce qui est extrêmement extraordinaire, c’est que la croix nous révèle également notre potentiel. On est capable de tellement d’amour. De la croix résonne ainsi notre appel, notre vocation à aller boire à la source de la bonté et de l’amour même qui jaillit du cœur transpercé de Jésus. En même temps, ce même crucifix exprime sa soif d’amour.

Dieu aspire à notre amour, il attend le jour de notre repentance, il utilise toutes les preuves de son amour ; se soumettant même à notre indifférence et à notre ingratitude, tant qu’il y a un espoir de l’aimer.

Ses bras sont tendus en attendant notre retour ! Alors que nous nous préparons à célébrer les grands mystères de notre salut, la passion et la pâques de notre Seigneur, fixons nos cœurs et nos regards affectueux sur le crucifix et laissons la bonté du Sauveur se répandre sur nous. Chers amis, ce Dieu crucifié qui nous propose le salut, veut également que nous le sauvions. Le Fils de Dieu souffrant héroïquement sur sa croix est quelqu’un qui désire sincèrement que nous le sauvions des liens de la solitude, de la négligence, du rejet, de l’abus et du chagrin. « Mon âme est triste jusqu’à la mort ; restez ici, et veillez avec moi. » Je vous prie de vous encourager mutuellement à rester avec le Seigneur, à veiller avec lui. Ne le négligeons pas. Il frappe à nos portes. Les apôtres n’étaient pas à la hauteur de la tâche la veille de sa crucifixion, mais ils le furent plus tard quand ils furent remplis du Saint-Esprit, de l’amour divin. Ils devinrent alors les prédicateurs du Christ crucifié, jusqu’aux extrémités de la terre.

Soyons, chers amis, les messagers de l’amour de Dieu.

La Semaine Sainte

Débute déjà une des semaines les plus importantes de l’année liturgique, la semaine qui nous prépare à vivre intensément le mystère chrétien de la Mort et la Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ : la Semaine Sainte.

Le Carême fut pour nous le temps propice pour réfléchir et méditer d’avantage nos vies afin que nous puissions nous renouveler et de nous préparer à vivre le mystère de notre salut. Maintenant, nous nous approchons de la Semaine Sainte et du dimanche de Pâques. Nous allons ironiquement célébrer la mort et de la Résurrection de Notre Seigneur.

La Semaine Sainte, dans notre Eglise maronite, est considérée comme une saison liturgique indépendante à l’intérieur du temps du Carême. Elle commence par « Naheero » ou « l’arrivée au Port (Mina) » le soir du dimanche des Rameaux et se termine le dimanche de Pâques. Durant la célébration du dimanche des Rameaux, nous nous rappelons quand la foule a acclamé Jésus comme roi. Des juifs de tout âge l’ont accueilli à Jérusalem. Ils ont proclamé « Hosanna au Fils de David, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ; Hosanna au plus haut des cieux. »

« L’arrivée au port » est un ancien rite de l’Eglise maronite. Il nous rappelle que Jésus est le Port du Salut. Le navire qui est l’Eglise, est souvent comparé à Marie, Nouveau navire de la vie, qui va nous porter en toute sécurité pour nous aider à atteindre le port après le voyage périlleux du Carême. Cette célébration ouvre la Semaine Sainte. Célébrée en dehors de l’Eglise, elle se termine à l’intérieur après une procession de bougies symbolisant le Christ – Vraie Lumière.

Les prières du lundi, mardi et mercredi de la Semaine de la Passion sont appelées « Sotooro » ou prière du soir de carême. Nous avons une prière spéciale pour chaque jour avec un cycle de lectures de l’Ancien et du Nouveau Testament annonçant la mort du Christ comme accomplissement et réalisation de toutes les prophéties. Jésus est le Fils de Dieu livré aux mains de l’homme, mis à mort, qui a souffert et a été humilié pour notre salut.

Le Mercredi de la Semaine de la Passion est aussi appelé mercredi d’Ayoub (Job). Job a beaucoup souffert, et a perdu santé et richesse, fils et filles, mais jamais il ne maudit Dieu. Il était connu pour sa patience. Il représente le Christ recevant volontiers souffrance et mort, et se remettant entre les mains de son Père. Ce jour-là, le rite de la lampe est célébré. Ancien rite de l’Eglise maronite, on y prépare une pâte avec sept mèches (bougies) insérées dedans, représentant sept lampes en lien avec les visions du prophète Jérémie et de l’apôtre Jean dans son Apocalypse. Autre interprétation, la pâte représenterait le corps meurtri de Job (Ayoub) et les bougies représenteraient les sept dons de l’Esprit Saint. Au cours de cette célébration, l’huile est bénie et tous les fidèles reçoivent l’onction.

Le Jeudi Saint ou jeudi des Saints Mystères commémore la dernière Cène, Jésus lave les pieds de ses disciples. En ce jour, Jésus a fondé les sacrements, en particulier le sacrement de l’Eucharistie et du Sacerdoce. C’est le jeudi des prêtres par excellence. La coutume était de visiter sept églises, symbolisant les sept sacrements, en méditant dans chaque Église sur l’un des Sacrements. Cette coutume a commencé d’abord à Rome, où les chrétiens sont allés visiter sept églises sur sept collines de Rome, pour honorer les tombes des premiers martyrs chrétiens et disciples, en particulier les tombeaux de Pierre et Paul. Cette coutume existe encore dans nos paroisses au Liban. On visite le Saint-Sacrement exposé habituellement après la cérémonie du lavement des pieds. En ce jeudi saint, le prêtre, agissant in persona Christi, ce qui signifie en la personne du Christ, lave les pieds de douze de ses paroissiens montrant le mystère de l’amour et de la compassion du Christ, répétant ainsi l’acte d’humilité ultime réservé aux esclaves chargés de la tâche de laver les pieds de leur maître. Cet acte d’humilité accomplit les prophéties sur le serviteur souffrant, dont parle le prophète Isaïe.

Le Vendredi saint est un des plus grands jours de l’année. En ce jour, Jésus a été crucifié et mis à mort. Il a payé le prix ultime de notre salut : sa vie. Il est le Fils unique, l’héritier. En lui, par lui et grâce à lui nous sommes devenus fils et enfants de Notre Père, cohéritiers du royaume céleste et de la vie éternelle. La mort pleine de vie de notre Seigneur nous procure le salut pour nos âmes et la vie éternelle. Jésus nous a libérés des entraves de péchés. Il a porté nos infirmités et a enduré nos souffrances.

Le Vendredi, deux cérémonies sont célébrées. La première célébration est la « signature du Calice » appelée aussi « la liturgie de la messe présanctifiée ». Il s’agit d’une messe sans les paroles de l’institution (consécration), qui sont au centre de chaque célébration eucharistique. Le Vendredi Saint Christ lui-même est le sacrifice, l’ultime et l’oblation parfaite. Lors de la cérémonie, le prêtre invoque l’Esprit Saint pour descendre sur le calice placé sur l’autel. Les fidèles communient aux hosties consacrées durant la veille de la liturgie du Jeudi Saint.

Le moment le plus important de cette liturgie est la procession du Saint-Sacrement placé sur la tête du prêtre lui rappelant le jour de son ordination. La deuxième cérémonie est l’Adoration de la Croix célébrée en mémoire de la mort de Jésus-Christ crucifié sur le « bois de la honte ». Jésus a été crucifié entre deux criminels. Tandis que le prêtre est en train de lire l’Evangile de Luc sur la crucifixion de Jésus, le diacre ou le serveur va allumer la bougie placée à droite de la croix pour symboliser la délivrance du criminel de droite. Beaucoup de chrétiens pendant ce jour-là apportent des fleurs pour honorer la Sainte-Croix. Toutes les fleurs sont mises dans le tombeau. Après la cérémonie, la croix est enterrée jusqu’au dimanche de Pâques.

Le Samedi de la Lumière est le dernier jour de cette Semaine Sainte, et le dernier jour du Carême. Il commémore le jour où le Seigneur avait choisi pour visiter les morts. Ce jour est un jour non-liturgique. Cependant, une belle cérémonie sera célébrée au cours de cette journée : « la prière du pardon ». C’est une ancienne prière de l’Eglise maronite et toutes les Églises syriaques qui célèbrent le pardon reçu grâce à la mort de Jésus-Christ. Le Samedi de la Lumière est le jour du pardon par excellence.

Tous les chrétiens sont invités à confesser leurs péchés au cours de cette cérémonie et à implorer le pardon. Les Confessions sont entendues individuellement, et l’absolution est donnée à tous ceux qui ont avoué leurs péchés. Pâques est célébrée à minuit, la première heure de la journée. La cérémonie de Pâques est le rite de la paix. Jésus Christ est le Roi de la Paix. Par sa mort et sa résurrection, il a apporté la paix à la terre.

Le rite de la paix est célébré à minuit Liturgie et / ou Pâques dimanche matin au cours de la Divine Liturgie, quand le prêtre bénit l’assemblée avec la Croix. Le dimanche de Pâques est le jour de la paix.

Homélie du Dimanche de l’aveugle

Confiance, lève-toi ; il t’appelle !

P. Joseph G. EID

Textes du jour

2Cor. 10, 1-7 ; Mc 10, 46 – 52

Chers frères et sœurs, en ce Dimanche de l’aveugle, je vais m’arrêter sur la question de la confiance qui est au cœur de ce passage de la deuxième lettre de Saint Paul Apôtre aux Corinthiens, et qui est également centrale en cet évangile que nous venons d’entendre.

Saint Paul, face à ceux qui l’accusent de n’avoir qu’une attitude purement humaine, se défend en exprimant son assurance et son audace, sa confiance qui émane de son appartenance au Christ. Cette même confiance se traduit par un abandon à la volonté divine de qui émane la puissance qui détruit toutes les forteresses de l’aveuglement, des raisonnements fallacieux et orgueilleux. Cette confiance mène celui qui appartient au Christ à une attitude d’humilité.

Dans le texte de l’évangile d’aujourd’hui, on peut reconnaître, non exclusivement, un triple enseignement :

a. Un enseignement adressé aux disciples, à ceux qui suivent Jésus (de nos jours ça peut être nous) : à ceux-là, Jésus lègue la responsabilité d’appeler ceux qui sont dans l’aveuglement, mais qui ne le repousse pas. Aux disciples, Jésus semble être en train de dire, qu’il ne faut pas rabrouer et repousser ceux qui le cherchent. Bien au contraire, ces aveugles peuvent ressembler aux agnostiques de nos jours qui cherchent obstinément la vérité, la guérison. Au fond ce qu’ils cherchent vraiment c’est Dieu.

b. Un autre enseignement que l’on peut déceler à partir de ce passage, c’est d’encourager les autres en les appelant à avoir confiance : « Confiance, lève-toi ; il t’appelle. » Au fond, le rôle primordial du disciple est d’aider son frère dans l’humanité à avoir confiance en Dieu, à se lever et à reconnaître que chacun est appelé par Dieu.

c. Un autre point est plus lié à l’attitude de l’aveugle même, de Barthimée, fils de Timée en araméen, bar signifiant fils et Timée l’honneur. On remarque déjà le paradoxe qui émane de la situation de cet aveugle, appelé à être le fils de l’honneur, et qui pourtant se retrouve à cause de sa condition, dans la misère. Cela reflète notre condition humaine. Nous étions des fils de l’honneur, et nous avons perdu ce statut privilégié à cause du péché qui nous a mené à la misère.

On pourrait peut-être apprendre quelque chose du comportement de Barthimée. Déjà, l’attitude de l’aveugle nous inspire à aller rejoindre Jésus en dehors de Jéricho. Jéricho étymologiquement, c’est le lieu des parfums (pas forcément de belles odeurs), et géographiquement, c’est la ville la plus basse du monde avec une altitude proche de -240 m (Wikipédia). Cela bien sûr est symboliquement très riche, car Jéricho dans la Bible n’est pas très bien perçue. Ce lieu le plus bas symbolise l’état actuel de l’humanité, de ceux qui vont très bas. Ce n’est pas pour rien que Jésus nous rejoint à Jéricho pour nous guérir. De notre part, nous devrions être prêt comme Barthimée à rencontrer Jésus sur les bords de Jéricho. Nous devrions chercher à sortir de ce lieu au parfum néfaste.

Et puis, nous sommes appelés à avoir cette disponibilité et ne pas se laisser influencer par la foule qui voudrait nous repousser et nous éloigner de Jésus, mais plutôt avoir cette disposition intérieure à l’écoute de ceux qui sont vraiment à la suite de Christ, et que le Christ lui-même envoie à notre rencontre.

Autre point que nous enseigne Barthimée : Mendiant de profession, ce dernier nous apprend à ne pas rester assis au bord du chemin, à ne pas passer à coté de la vie, à ne pas mendier notre subsistance matérielle, mais plutôt à mendier la miséricorde divine : « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! ». Peut-être, comme lui, sommes-nous invités à jeter le manteau, tout ce qui nous empêche de bondir et de courir à la suite du Christ. Chers frères et sœurs, de par notre baptême nous avons reçu la lumière du Christ ; notre Baptême nous appelle à l’éveil de la foi, une foi qui devrait éclairer notre chemin et nous permettre d’aider les autres à ne pas rester dans leur aveuglement.

Vous êtes la lumière du monde ; que Dieu vous bénisse, à Lui la gloire à Jamais.

Dimanche du paralytique

P. Joseph G. EID

Textes du jour

1 Tim 5 : 24-6 : 5 ; Lc 15 : 11-35

Chaque semaine, nous trions nos déchets et nous les sortons à l’extérieur. Si nous ne jetons pas nos déchets, ces déchets s’accumuleront et commenceront à sentir mauvais.

Mais il y a aussi d’autres déchets que nous pouvons ramasser et dont nous devons nous débarrasser. Nous pouvons ramasser les déchets de nos péchés et les traces des blessures causées par d’autres personnes ou par nous-mêmes, surtout quand nous n’arrivons pas à les ordonner. Nous devons également mettre cette poubelle à l’extérieur. Autrement, cela causera un désordre intérieur, affectant tout notre être, car le péché affecte toute la vie, pas seulement l’âme.

Il est intéressant de voir que dans l’Évangile de ce jour, Jésus pardonne d’abord à l’homme ses péchés et c’est seulement après qu’il le guérira de sa paralysie. Jésus savait que le paralytique avait besoin d’une guérison intérieure avant une guérison physique. Cette guérison intérieure dont l’homme avait besoin était le pardon. Jésus a enlevé toutes les ordures que l’homme avait accumulées au cours des années et l’a ainsi préparé pour sa guérison externe.

Chers amis, ne négligeons pas le pouvoir du sacrement de la réconciliation pour remettre en ordre nos vies. Ce n’est pas le prêtre que vous rencontrez dans le confessionnal, c’est le Christ lui-même qui vient déverser sa miséricorde sur nous pour nous laver. Si nous avions des yeux pour voir nos âmes après l’absolution, je suis convaincu que nous verrions nos âmes transformées.

Frères et sœurs, le paralytique n’est pas venu tout seul à Jésus. D’autres l’ont porté.

Poussés par un élan de compassion et de charité chrétienne, nous avons le devoir de tenir et de soulever les autres par notre foi, par nos prières et par nos actions et de les conduire au Christ afin qu’ils puissent expérimenter la puissance de sa guérison par le pardon ! c’est après avoir été porté par ses amis, par la communauté, que le paralytique va exprimer sa foi.

Oui, mes frères et sœurs, nous avons un rôle dans notre église, dans nos paroisses. Et ce rôle est primordial. Notre foi n’est pas quelque chose que l’on vit seul, mais c’est grâce à l’esprit qui œuvre dans son église, dont nous sommes les membres, que nous pouvons nous soutenir les uns les autres face aux paralysies de nos vies et que nous pouvons mener les autres qui sont plus fragiles, qui sont blessés, à notre Seigneur pour qu’Il les guérisse.

A Notre Seigneur la gloire pour les siècles des siècles.

Méditation Vendredi Chemin de Croix

Marie au pied de la croix

P. Joseph G. EID

Après avoir parlé la semaine dernière de la figure du disciple bien-aimé, je vais m’arrêter aujourd’hui sur la figure de Marie au pied de la croix, à partir du passage de l’évangile de Saint Jean (Jn 19, 25-27). Et pour ce, je vais parler de Marie à partir de trois axes : Marie comme témoin qui se tient au pied de la croix, Marie comme mère appelée à regarder son nouveau fils/le disciple bien-aimé, et le disciple appelé à prendre Marie chez lui.

Je commence par lire le texte

Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle (se tenant près d’elle) le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui

En nous plaçant dans la scène, nous pouvons voir Jésus, trois femmes, et le disciple bien-aimé. Ils sont au total cinq personnes. Ils sont unis par l’amour qu’ils ont pour celui qui est sur la croix. L’amour les a convoqués en cette heure douloureuse pour être présents au coté de celui qu’ils aiment, de Jésus ; tout comme nous aimerions aussi être présents près du lit de mort d’un être aimé. Seuls ceux qui aiment une personne qui souffre ont le courage d’être à ses côtés. La souffrance n’est pas quelque chose qui nous attire. Mais être présent surtout aux derniers moments de la vie d’une personne est signe d’un amour mature.

I. Marie se tenant au pied de la croix

Face à la souffrance, il est difficile de rester ferme, c’est-à-dire de « se tenir debout », surtout pour une mère qui regarde mourir son fils. Dans le texte original, le verbe histemi (grec), signifie « redresser », « se tenir debout ». Que veut dire être debout dans la tradition biblique ?La première fois qu’apparaît ce mot dans ce passage est quand l’évangéliste raconte que Marie, les autres femmes et le disciple bien-aimé « se tenaient debout (fermes) » au près de la croix. Le mot « croix », staurós en grec, a ses racines dans le verbe histemi. Enfin, le mot apparaît quand le disciple bien-aimé est décrit comme « se tenant près de la mère ». Je reviens vers la question : Que veut dire être debout, se tenir debout dans la tradition biblique ?

a. Se tenir debout est la position du témoin. Le mot pour témoin en grec est martys, le martyr, celui qui témoigne. Un témoin est prêt à témoigner quelles que soient les conséquences, même s’il doit donner sa propre vie. Jésus, se tenant debout sur la croix, est le témoin de l’amour du Père pour lui et pour l’humanité. Et le Fils témoigne en donnant volontairement sa propre vie sur la croix.

b. Nous ne pouvons pas oublier que Marie n’est pas seulement une mère, elle est juive. En tant que mère juive, elle sait que son rôle n’est pas seulement d’être une mère aimante pour ses enfants, mais aussi d’être leur enseignante. L’évangéliste place le disciple debout près de la mère. Son témoignage accompagne le témoignage de Marie. Mais Marie, avant d’être désignée comme mère du disciple et enseignante, est aussi un disciple qui suit son Fils au pied de la croix. Elle donne à ses fils et à ses filles spirituels l’exemple d’un témoin ferme (tenant debout) qui suit les traces du Maître.

c. Être debout est aussi la posture de prière dans la culture et le temps de Jésus. Jésus enseigne à ses disciples à être en prière constante. Marie, les autres femmes et le disciple bien-aimé font ce que leur Maître enseigne. Jésus lui-même prie. Comme nous le savons déjà, quand Jésus dit sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Ps. 22), il est en train de prier.Les prières sont importantes surtout quand nous sommes au chevet d’un être cher en train de souffrir et que nous ne pouvons rien faire pour arrêter les souffrances. Jésus, Marie, les autres femmes et le disciple bien-aimé prient et offrent leur souffrance à Dieu.

d. Rester/tenir debout est aussi la posture de l’écoute de l’Évangile. Dans la liturgie, nous nous levons pour écouter l’évangile. Quand nous écoutons l’Évangile, nous sommes témoins dans le monde de ce que nous avons entendu être proclamé. Nous affirmons que ce que nous entendons est vrai, et nous sommes prêts à donner notre vie pour cette vérité. Les personnages présents, debout près de la croix, représentent l’amour que nous avons pour notre Seigneur Jésus-Christ.e. Etre debout c’est également préfigurer la résurrection du Christ.


II. Femme, voici ton fils (regarde ton fils)

Je pense qu’il est également important de s’arrêter sur le regard dans ce passage.

a) Jésus voit sa mère et le disciple.

b) Jésus demande à sa mère de voir le disciple/fils.

c) Jésus demande au disciple/fils de voir sa mère.

En les regardant lui-même, Jésus pénètre dans leurs cœurs profondément. Jésus sait ce qu’il y a à l’intérieur de Marie et du disciple bien-aimé. Il les connaît bien. Il a toujours su qu’ils seraient là avec Lui, et maintenant, par la croix, ils sont en réalité avec Lui. En portant la souffrance à ses côtés, en buvant à la même coupe, ils sont maintenant prêts à être appelés à une nouvelle mission.Quand Jésus dit à Marie « regarde ton fils » et au disciple « regarde ta mère », il les appelle à se mettre face à face et à se contempler. Sa mère est un don de Jésus au disciple, mais aussi le disciple est un don qui vient du cœur de Jésus à sa mère. La nouvelle mission est d’établir une nouvelle relation entre mère et disciple.Un autre mot grec sur lequel je veux me concentrer est le verbe lego qui signifie « dire », « parler », « commander ». Le verbe apparaît deux fois dans le texte :

a) Jésus  » dit  » à sa mère,b) alors Il « dit » à Son disciple.Dans le récit de création quand Dieu  » dit « , on a un acte de création. Quand Dieu crée le Monde, « Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut (Gn 1: 3). Et devant tout ce qu’il crée, Dieu dit que c’est bon, à l’exception de l’être humain, où il dit que c’est très bon.

Ainsi, quand Jésus regarde le disciple et lui dit « voici ta mère » et inversement, Marie devient la vraie mère du disciple, et le disciple devient son vrai fils. Une nouvelle famille vient à exister, selon ce que Jésus dit. Et cela doit être bon, selon ce que nous avons observé à propos du discours de Dieu dans le récit de la création

III. Le disciple prend Marie chez lui

Le disciple bien-aimé, écoutant ce que Jésus lui demande, prend Marie comme une nouvelle mère, comme sa propre mère. Il la prend dans son intimité et lui donne une place chez lui.
Conclusion

1) Connaître Marie, c’est la suivre/marcher avec elle à la suite de son Fils.

2) Debout devant Marie au pied de la croix, nous devenons fils et filles de Marie.

3) Un fils et une fille de Marie témoignent de la croix et de la résurrection de Jésus.

4) Au pied de la Croix, Jésus demande à sa mère et à son disciple de se contempler, en d’autres termes, de pénétrer le cœur de l’autre et de vivre dans une relation intime les uns avec les autres.

5) Après une profonde contemplation, le disciple emmène avec empressement la mère de Jésus chez lui.

Méditation Vendredi Chemin de Croix

Le disciple bien aimé

P. Joseph G. EID

Aujourd’hui, je vais parler un peu du disciple bien-aimé, le disciple qui a été présent lors de la crucifixion. Que pouvons-nous apprendre du disciple bien-aimé? Plusieurs hypothèses ont été soulevées à propos de l’identité de ce disciple. La plus connue est celle qui associe ce disciple à l’apôtre Jean, fils de Zébédée et le frère de Jacques. Mais le but de ce que je vais dire n’est pas de soumettre une autre hypothèse sur l’identité du disciple bien aimé.

Je commence par dire qu’il n’est mention de ce disciple que dans l’évangile de Jean. Et même dans l’évangile, il est mentionné peu de fois. Il y a également mention d’un disciple anonyme, non-nommé et de l’autre disciple. Beaucoup de théologiens pensent qu’il s’agit du même personnage. Je vais essayer de suivre un peu ce disciple dans l’évangile de Jean, pour essayer d’en tirer une nourriture spirituelle pour nous aider à progresser en ce temps de Carême.

a. Aller à la rencontre du Christ

Dans le premier chapitre de l’Évangile, nous apprenons que Jean le Baptiste avait des disciples, et deux de ses disciples suivirent Jésus. Nous apprenons un de leurs prénoms. André, le frère de Simon Pierre » (Jean 1 :40). Mais l’autre disciple reste anonyme. Une des choses que l’on peut apprendre à partir de cet évènement c’est qu’en tant que disciple, il faut apprendre à écouter, il faut être à l’écoute des témoignages des autres (les deux disciples ont quitté leur maître, Jean-Baptiste suite à son témoignage). Notre écoute doit nous pousser à aller à la rencontre du Christ même si cela va nous obliger à quitter notre lieu de confort, nos habitudes. C’est-ce que fit ce disciple. Des fois, il ne suffit pas de suivre le Christ sans points de repères. Comme lui, nous sommes invités à chercher vraiment la demeure du Christ, et à demeurer avec lui. Le Christ nous invite dans sa demeure comme il l’a fait avec le disciple bien-aimé. Sa demeure pour nous chrétien, c’est son église. Il est là dans l’eucharistie, il est là comme le criait le Saint Curé d’Ars.

D’où le point suivant :

b. Accepter d’être présent au dernier repas, à l’eucharistie

Durant le dernier repas de Jésus avec ses disciples et après l’épisode du lavement des pieds et l’annonce de Jésus que l’un de ses disciples le trahira, on a la première mention explicite du disciple bien aimé au verset 23 : Il y avait à table, appuyé contre Jésus, l’un de ses disciples, celui que Jésus aimait. Comme les disciples de Jésus, on est appelé à recevoir la miséricorde de Dieu, de ce fait accepter de se faire laver par le Christ. Chercher à être pur, d’ou l’importance du sacrement de la réconciliation, tout particulièrement en ce temps de Carême, où l’on reçoit en abondance la miséricorde divine.

c. Garder de bons liens amicaux avec les autres

Après l’arrestation de Jésus, l’évangile mentionne l’autre disciple présent dans la cours du grand prêtre. C’est lui qui intercéda pour Pierre afin de le laisser entrer à l’intérieur de la cour. Il était évidemment important – car il était personnellement connu du grand prêtre, et c’est ce fait qui permit à Pierre d’accéder à la cour.Cet évènement nous apprend à demander à Dieu la grâce de la patience et de garder le sang froid, même durant les persécutions. Je dois essayer de rester proche, même de ceux qui ne partagent pas mes pensées. C’est grâce aux liens de l’autre disciple que Pierre a pu accéder à la cour.

d. Suivre le Christ même au pied de la croix.

Le disciple bien-aimé apparaît également au pied de la Croix :Quand Jésus vit sa mère et le disciple qu’il aimait, il dit à sa mère: «Femme, voici ton fils! Puis il dit au disciple : « Voici ta mère !» Et dès cette heure le disciple la prit chez lui (Jean 19). Ici nous avons une autre indication de l’importance du disciple bien-aimé : Jésus lui confie le soin de sa mère. Et le disciple est à la hauteur de la mission que Jésus lui donne, commençant à prendre soin de Marie « dès cette heure ». Comme le disciple, nous sommes invités à ne pas choisir les issues faciles, et à accepter le cadeau de Jésus, sa maman Marie. Prenons soin de Marie, et accueillons là dans la demeure de notre cœur dès cette heure.

e. Suivre le Christ au tombeau

Le disciple bien-aimé est également mentionné quand Marie-Madeleine court dire aux disciples que la tombe de Jésus est vide : Le texte nous dit qu’elle court trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. Puis le texte continue : Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part, à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.Ce que l’on peut déjà faire remarquer, c’est qu’à l’exception de la crucifixion, le disciple bien-aimé et Pierre sont toujours mentionnés ensemble.L’épisode du tombeau nous révèle que le disciple bien-aimé se reporte aussi à Pierre, lui permettant d’entrer dans la tombe d’abord, et il est prompt à croire, suite au témoignage de Pierre. Pierre est la Pierre sur laquelle est bâtie l’église. Cet épisode nous enseigne que même si notre quête nous mène à un tombeau vide, ayons confiance en l’église, attendons que Pierre arrive. Le pape a son mot à dire dans notre vie de foi. Intéressons-nous à l’enseignement de l’église. C’est après l’entrée de Pierre au tombeau, que le disciple bien-aimé vit et crut. Aimer le Christ ne suffit pas, si cet amour n’ouvre pas mon cœur à la grâce de l’Esprit qui œuvre en son église.

f. Garder une part du mystère

Il y a une dernière mention du disciple bien-aimé à la fin de l’évangile. Là on voit sept personnages présents en train de pécher : Simon Pierre, Thomas, Nathanaël, les fils de Zébédée, et deux autres (Jean 21 : 2). Les disciples passent toute la nuit à pêcher et, le matin, Jésus apparaît sur le rivage, mais ils ne le reconnaissent pas. Jésus leur demande alors s’ils ont attrapé quelque chose. Et il leur dit de jeter le filet du côté droit du bateau, et ce fut la surprise. Le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : C’est le Seigneur ! Puis on a l’épisode où Jésus demande à Pierre à trois reprises : Pierre m’aimes-tu ? et tout de suite après on a Pierre qui regarde le disciple bien-aimé et qui demande à Jésus : « Seigneur, qu’en est-il de cet homme ? »Et Jésus qui répond : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. » Nous apprenons ici que le disciple bien-aimé a continué à être bien connu par la communauté chrétienne par la suite, à cause de la rumeur qui a été suscitée par la mauvaise interprétation des paroles de Jésus, car on avait cru que ce disciple n’allait pas mourir.

Puis on a vers la fin de l’évangile l’identité de l’auteur dévoilée au verset 24, sans qu’elle ne soit réellement dévoilée : C’est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est vrai.

Personnellement, je préfère l’hypothèse selon laquelle l’identité de ce disciple reste non connue. Ainsi, chacun de nous peut s’identifier à ce disciple qui cherche à suivre le Christ fidèlement. L’évangile nous révèle des traits de caractères de ce personnage emblématique, tout en gardant un peut le coté énigmatique de ce personnage.

Peut-être que cela devrait nous dire quelque chose de sa personnalité. D’une part, c’est une attitude d’humilité que de ne pas chercher à être connu, à être aux premiers rangs, tout le temps exposé à la lumière.

D’autre part, c’est une attitude qui dit quelque chose de la grandeur de l’être humain qui reste un mystère inépuisable, surtout quand il est bien-aimé du Seigneur.