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Homélie Quinzième dimanche de la Pentecôte

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Luc 7, 36-50

Chers frères et sœurs, nous voilà, après les vacances, réunis pour relancer nos activités paroissiales. Certains d’entre vous ont cette habitude louable de formuler de nouvelles résolutions pour le nouvel an … ce qu’ils aimeraient accomplir sur le plan personnel, professionnel, familial, etc. Bref, un projet qui leur semble important.

De même qu’avant chaque réunion du conseil paroissial, j’envoie aux membres du conseil l’ordre du jour, l’évangile d’aujourd’hui nous révèle notre « ordre du jour » pour toute l’année : Se savoir pardonné et pardonner. Vous pourriez me dire que dans l’évangile d’aujourd’hui, il s’agirait surtout de montrer beaucoup d’amour afin de recevoir le pardon de Dieu.C’est ce que laisse entendre la plupart des traductions de ce beau verset à propos de la femme pécheresse que nous venons d’entendre : Ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Ce qui laisse entendre que la femme a été pardonnée car elle a montré beaucoup d’amour, car elle a agi avec amour. Cette interprétation est l’interprétation la plus classique, celle des pères de l’église, de nombreux saints. Et cette interprétation est tout à fait valide.

L’amour est comme le feu en nous, il nous brûle et nous transforme. D’où cette interprétation qui insiste sur l’ardeur du feu de l’amour de cette femme, la transformant, brûlant ses péchés. De même, à cause de notre conformité sacramentelle avec le Christ, nous qui avons été baptisés et confirmés, nous qui recevons l’eucharistie, le corps, le sang et la divinité du Christ, nous qui participons au sacrement de réconciliation, vous et moi, nous sommes transformés en Lui.

Ceci dit, chaque expérience authentique d’amour que nous donnons est une révélation. C’est la manière par laquelle le Christ révèle au monde son amour crucifié aujourd’hui. Nous avons reçu l’ultime commandement de Jésus de nous aimer les uns les autres comme Lui Il nous a aimé, non parce que c’est beau, parce que c’est bien, mais parce que c’est la manière par laquelle Notre Seigneur continue à se rendre présent et à être actif dans notre monde. En d’autre termes, c’est de cette manière par laquelle le Christ sauve aujourd’hui, par l’amour incarné et concret, et non pas un amour idéal désincarné et non connecté au monde… à travers votre amour, mon amour, par l’amour que partagent un époux et une épouse, l’amour des parents envers leurs enfants, par nos actes de charité authentique vis à vis des pauvres, vis à vis de nos collègues au travail, surtout ceux qui nous tourmentent.

Oui l’amour transforme, l’amour crucifié sauve, et à cause de cet amour, nos péchés sont pardonnés. A cause de cet amour sacramentel, nous participons en tant que baptisés non uniquement à notre propre salut, mais au salut du monde. C’est votre vocation. Mais il y a une autre interprétation tout aussi valable et légitime, et tout à fait révélatrice du projet de salut de Dieu. Une autre traduction de la conjonction khoti traduite traditionnellement par puisque/car (puisqu’elle a montré beaucoup d’amour), c’est de dire ainsi (pour cette raison). Le verset devient : Ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, pour cette raison elle a montré beaucoup d’amour. L’amour de Dieu, la miséricorde de notre Seigneur précède notre amour. L’amour de Dieu n’est pas conditionné. Dieu n’est pas en train de peser nos actions : Voyons si vous vous êtes bien comporté aujourd’hui, voyons si vous méritez mon pardon. Il n’y a pas de test, il n’y a pas d’examen à passer.

Notre salut ne dépend pas de nos actions, de ce que nous avons accompli. Le Christ est déjà mort pour notre salut sans aucun mérite de notre part. Quelle joie pour nous de nous savoir à ce point aimés, déjà pardonnés. Quelle reconnaissance devrions-nous ressentir. Et notre amour, notre foi, notre espérance et notre charité sont nos réponses à ce que le Seigneur a déjà accompli en nous. Nous agissons à cause de la joie qui réside en nous.

Oui chers frères et sœurs, voici notre ordre du jour, ou plutôt de l’année. Sachons que nous sommes aimés et pardonnés. Que cette assurance nous mène à pardonner aux autres. Soyons dans la joie, conscients de l’amour de Dieu. Cet amour qui nous transforme en fille et fils réconciliés et réconciliant, en la chair de notre Seigneur.

Aujourd’hui, nous n’avons pas à acheter cet amour gratuit. Nous n’avons pas à marchander la grâce de Dieu. Recevons ce qui nous est donné dans la joie, et soyons des témoins de cet amour crucifié.

Homélie septième Dimanche de la Pentecôte

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Luc 10, 1-7

Chers frères et sœurs, le texte que nous venons d’entendre résume en quelque sorte la mission de l’Eglise. J’aimerai d’abord rappeler deux caractéristiques de la mission du peuple choisi qui se manifestent tout au long de son histoire, de son aventure terrestre avec Dieu, et en tirer leçon concernant notre propre mission.

La première chose à rappeler est l’universalité de la mission conférée à ce peuple. Ce qui est mis en évidence dès le début, au chapitre douze du livre de la Genèse, avec l’appel particulier d’Abraham : « Je ferai de toi une grande nation, je te bénirai, je rendrai grand ton nom, etc. En toi seront bénies toutes les familles de la terre ». Notre mission est universelle. Nous sommes appelés à aller en avant, vers les autres, pour témoigner de l’amour de Dieu, témoigner qu’Il est avec nous (Emmanuel).

Le deuxième point important, en lien avec le premier, est le souci dominant des prophètes de préserver Israël qui traversait des difficultés incessantes, dans sa foi face aux différentes tentations, suite aux infidélités, etc. A cause de cela, le peuple d’Israël n’a jamais assumé cette dimension universelle. Jésus se démarque bien sûr des prophètes de l’Ancien Testament et de Jean le baptiste son précurseur.

De l’extérieur, il s’engage dans différentes activités missionnaires. Cependant il ne se contenta pas d’attirer des disciples, mais il les envoya vers les autres. Dans la perspective de Jésus, la mission débutait vers Israël, les brebis perdues de la maison d’Israël (Mt 10), puis se poursuivait vers le reste de l’humanité, de sorte que l’Eglise, fondée par le Christ sur les apôtres, est de par nature universelle (catholique) et apostolique. Elle n’est pas une Eglise nationale, liée à un pays quelconque.

En tant que membres de l’Eglise universelle, nous sommes parfois face au risque d’être tellement pris par nos soucis et par nos préoccupations de tous les jours que nous en oublions notre appel premier, celui d’aller en avant, de témoigner de l’amour de Dieu et de le porter vers le monde. Bref, d’être lumière, porteur d’espérance aux autres. Osons nous démarquer de ce qui nous entoure. Puisons notre force en Jésus. Il nous a envoyé l’Esprit-Saint pour nous aider.

Chers frères et sœurs, le dernier commandement adressé aux disciples est d’aller vers toutes les nations. Le Christ nous répète cet appel en tant que paroisse également. Ne nous contentons pas de notre confort personnel, familial ou communautaire. Laissons-nous, en ce temps, être pénétrés par le souffle de l’Esprit qui veut nous renouveler d’avantage et qui nous invite à bouger et non à croupir dans nos habitudes.

Ne transformons pas notre paroisse en une association rigide qui ne se préoccupe que des aspects financiers, ou de l’organisation d’événements aussi importants qu’ils soient. Soyons disciples, chrétiens et fiers de l’être, dans l’humilité et le service.

Que notre paroisse soit une paroisse qui plaise à Dieu et qui lui rende gloire…

Homélie Troisième Dimanche de la Pentecôte

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Jn 14, 21-27

Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime

Chers frères et sœurs, l’amour est le plus beau cadeau qui nous est donné. Quand deux personnes s’aiment cet amour qui les éprend touche tout leur être, les touche même corporellement. Rappelez-vous le premier coup de foudre, la première fois que vous avez réalisé que vous étiez amoureux. Les sensations bizarres que vous avez ressentis, leur complexités, ce mélange paradoxal d’angoisse et d’extase , d’inquiétude et de joie.Et il n’est pas anodin que la relation que Dieu veut nouer avec chacun de nous et avec toute l’humanité ressemblerai étrangement à cette passion amoureuse.

Une des plus belles illustrations en est le cantique des cantiques, que certains d’entre nous jugeraient très osé. Cependant, au fur et à mesure que deux personnes cheminent dans l’amour, bien que guidés par la flamme originelle, les deux amoureux cherchent à trouver le repos l’un avec l’autre. L’autre devient source de stabilité, source de paix si je me laisse conduire dans la confiance.

De ce fait, quand nous sommes amoureux, nous ne pouvons pas ne pas chercher à être ensemble à demeurer l’un avec l’autre : … nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure.Au début de la relation, nous sommes face à l’inconnu. Nous ne savons pas quelle serait la réponse de l’autre, si l’amour est partagé. Nous sommes inquiets et nous cherchons à avancer, à progresser ensemble.

Donc, aussi paradoxalement que cela ne puisse le paraître, l’amour cherche à retrouver l’autre, à se construire une demeure avec l’être aimé. Et les pierres qui formeront l’assise de cette demeure nous ont été également données. Il suffirait de les utiliser. Pour bâtir cette demeure, le Seigneur nous offre les commandements. Et chaque fois que nous gardons ses commandements nous ajoutons une pierre à l’édifice.

Car l’amour bien qu’il soit flamme, est également un choix que nous devons faire en toute liberté et maturité. Je ne peux pas prétendre à l’amour si je n’exprime pas cet amour. Je ne peux pas prétendre aimer quelqu’un si je ne réponds pas à son appel d’amour. Garder les commandements, c’est une manière de dire au Seigneur que je L’aime, que j’ai confiance en Lui, que j’accueille ses commandements les bras ouverts car je reconnais qu’ils me sont donnés pour mon édification, pour mon bien.

Et celui qui aime vraiment le Seigneur et qui garde ses commandements, fait vraiment cette expérience d’être avec Lui, d’être proche de Jésus et du Père, d’être guidé et consolé par l’Esprit.

Chers frères et sœurs, en ce troisième dimanche de la Pentecôte, nous demandons à notre Dieu de nous aider à vraiment le choisir comme notre ultime bien. Ouvre nos cœurs Seigneur à Ton amour, aide-nous à demeurer avec Toi en gardant tes commandements de vie.

Homélie du dernier dimanche du mois de mai consacré à la Vierge Marie

Messe célébrée à Notre Dame de Fourvière

P. Joseph G. EID

Bonne fête des mères à toutes les mamans.

Sur la plage d’Hippone, Augustin réfléchissait un jour au mystère de la Trinité. Il repéra un enfant -était-ce un ange qui avec une coquille, s’appliquait à verser l’eau de la mer dans un trou creusé dans le sable ? Et l’enfant répondit : J’ai décidé de mettre toute l’eau de la mer dans ce trou ». L’évêque lui fit remarquer, en souriant, la vanité de ses efforts. L’ange lui répliqua qu’il était tout aussi déraisonnable de sa part de chercher l’explication du mystère de la Sainte Trinité.

On ne peut pas en effet enfermer le mystère infini dans une formule, obligatoirement réductrice. Cette coquille est le signe de notre pèlerinage sur terre, de notre marche. Nous avançons tous dans la vie, nous mûrissons en apprenant des choses, petit à petit. Quoi que l’on fasse, jamais on ne videra la Mer.

Mais peut-être nous pourrions en profiter, pour nous rendre la vie plus belle, prendre un peu de teint, prendre un peu de recul, vis-à-vis de nous-mêmes et des autres, plonger notre regard dans l’immensité du mystère de la vie et de l’autre.

Mais le mystère de l’autre continuera à me dépasser, le mystère de l’être humain, ce frère et sœur et cet ami que je côtoie, je ne pourrais jamais les appréhender. Heureusement que l’autre ne peut pas se limiter à ma perception. Si c’est tellement compliqué avec les créatures, voire impossible avec les êtres humains, quand bien même il serait compliqué de capturer l’essence de Dieu Trinité et de l’emprisonner dans nos conceptions.

Dès fois, on se plait pour témoigner d’un Esprit d’ouverture en vers les autres religions, surtout les religions monothéistes, d’affirmer par conformisme, qu’au fond, l’on fait tous l’Expérience du Divin, et que l’on croit tous en un seul Dieu. De par ce fait on nie notre foi, on gomme notre particularité. Notre Dieu, même s’il nous transcende, n’est pas tout à fait le même Dieu des autres religions. Notre Dieu est un Dieu-Trinité. Il est Dieu Un en trois personnes. La particularité de la personne c’est sa singularité. Chaque personne de la Trinité a son caractère propre, et en même temps, il y a cette union des volontés divines dans l’amour.Une autre particularité de la personne, c’est que l’on peut communiquer avec elle. Bien plus, avec notre Dieu-Trinité, notre Dieu Amour, la relation ne se limite pas à une simple communication. Notre relation au Père, de par le Fils dans l’Esprit devient communion.

Chers frères et sœurs, ce dimanche est également le dernier dimanche du moi de mai, moi consacré à notre mère, à la mère de Dieu. Nous prions pour que celle qui tout au long de sa vie terrestre à orienter les autres vers son Fils, nous aide davantage à pénétrer le cœur du mystère de la Trinité. A notre Dieu la gloire pour les siècles des siècles.

Homélie de la solennité de la Pentecôte

P. Joseph G. EID

Chers frères et sœurs, nous célébrons aujourd’hui la fête de la pentecôte. Et cette fête rejoint les deux autres grandes fêtes chrétiennes : la nativité de Notre Seigneur, et celle de Pâques.

Cependant, il me semble tout à fait étonnant, que cette fête primordiale, qui marque la naissance de l’Eglise dans l’Esprit, n’aie pas eu la même ampleur que les deux autres fêtes.

A Noël par exemple, nos paroisses sont bien décorées : crèches, lumière etc. Pareil pour nos maisons. La décoration, même si elle devient, petit à petit, dénuée de toute connotation religieuse, évoque l’importance de cette période festive même pour ceux qui n’ont pas la foi. Et ce qui est étonnant, c’est que cela ne se limite pas à la décoration. Nous remarquons qu’il y’a une culture de Noël, des vêtements de Noel, des mets pour l’occasion même sur le plan cinématographique, chaque année, plusieurs d’entre nous attendent impatiemment des films de Noel qui n’ont rien avoir avec la Nativité du Christ.

Pour Pâques, l’Eglise toute entière s’y investit : Carême, jeûne, prières, actes de charité chrétienne, chemin de croix, décorations pour les différentes fêtes liturgiques surtout pour Pâques. Bref, tout le monde attend Pâques.

Ce qui n’est pas le cas pour la pentecôte. Nous n’y consacrons pas énormément de temps, que ce soit sur le plan spirituel ou autre. On pense surtout à la bénédiction de l’eau… Avouons-le, ce n’est pas comme si l’on attend impatiemment cette fête, comme on le fait pour Noël ou pour Pâques. Il n’y a pas de cadeau à la pentecôte, même liturgiquement parlant, pas de grande variété de chants, pas de grandes traditions qui accompagnent cette fête comme pour Noël et Pâques. Personne ne décore sa maison pour la pentecôte. Il n’y a pas de mets ou de vêtements particuliers pour cette fête.

Et pourtant, c’est en cheminant dans la foi, à travers mon parcours religieux et à travers ma vocation sacerdotale, je suis devenu de plus en plus conscient de l’importance de cet évènement. Jésus lui-même à travers ses différentes manifestations et apparitions prépare les disciples en essayant de leur expliquer qu’il y’aura quelque chose d’extrêmement important qui va se passer. La promesse de l’envoi de l’Esprit. Mais les apôtres ne comprennent pas. C’est à la pentecôte, quant la flamme de l’Esprit les saisit au Cénacle, c’est là qu’ils font cette expérience inouïe qui va transformer radicalement leur vie.

Depuis ce moment historique, l’histoire, l’humanité, ne sera jamais plus la même. Désormais, vous et moi, nous pouvons vivre en Dieu, habiter en Lui et être unis à Dieu, si nous le souhaitons. Et l’Esprit qui unit le Père et le Fils, nous unit aux trois personnes de la Trinité.Et le prêtre porte l’habit liturgique de couleur rouge (rite latin et maronite) ou doré (rite maronite) car ce temps liturgique c’est le temps de l’Esprit qui agit en l’Eglise.

Et la couleur de l’Esprit c’est le rouge qui symbolise le feu (de l’Esprit), l’amour embrasant de Dieu qui purifie (ce qui rejoint la couleur dorée, l’or qui est purifié au feu). Mais en même temps, le rouge c’est la couleur du sang, c’est la couleur des martyrs, du don de soi, du don de sa vie par amour pour Dieu et pour le prochain.

Car en fin de compte, il ne suffit pas de dire, voilà je suis uni avec Dieu. Certes, ce don de l’Esprit qui nous est donné, à la pentecôte, qui nous unit l’un à l’autre et à Dieu en temps que membres du corps du Christ, du corps ecclésial, agit en nous si nous le souhaitions de manière à ce que nos vies deviennent feu, élan d’amour. Mais on ne peut pas faire ce choix sans une certaine forme de sacrifice, de martyre. L’amour, le vrai, est un feu qui nous consume et qui nous brûle, qui nous sanctifie, qui nous purifie et nous fait rayonner. L’amour de Dieu nous unit intérieurement guérissant nos blessures.

Chers frères et sœurs, ouvrons tous les jours notre cœur au don de l’Esprit, pour cheminer progressivement dans la compréhension et l’amour du mystère de Dieu.

Homélie du Dimanche 13 mai 2018

P. Joseph G. EID

« Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »

Dans l’AT, la Loi ne commande-t-elle pas : « …Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? Quelle est donc la nouveauté du commandement de Jésus ?On est habitué à penser à la nouveauté comme à quelque chose qui désigne ce qui n’avait pas encore été dit ou réalisé, le dernier cri. Mais ce qui est « dernier cri » sera toujours très vite remplacé par autre chose qui ne sera « nouveau » qu’un temps, pour devenir à son tour obsolète.

Le commandement de Jésus, lui, est « nouveau », non au sens d’inédit mais au sens de qualité, de profondeur. Quand on parle d’une ALLIANCE « NOUVELLE », il ne s’agit pas de remplacer les 10 commandements, mais d’une relation à Dieu qui sera d’une qualité radicalement différente. Il s’agit de l’amour crucifié de Jésus qui ne pourra jamais être surpassé.Lorsque Jésus précise : « COMME JE VOUS AIME », ce n’est pas là uniquement un exemple à suivre : tenter de « faire pareil ». C’est l’amour de Jésus qui provoquera l’amour mutuel entre disciples, qui en sera le fondement, la source. La nouveauté de ce commandement est donc Jésus en soi, son amour présent dans le monde.

Mais, paradoxalement, on ne ressent pas toujours dans notre quotidien la présence agissante de l’amour de Jésus. Cela est dû peut-être au fait que Jésus n’est plus présent physiquement. En effet, Jésus va disparaître au regard de ses disciples. Je suis encore avec vous, mais pour peu de temps. Sa disparition est une invitation à chacun de nous, tout particulièrement à ceux qui sont appelés à croire sans voir, aux Thomas que nous sommes. Le Seigneur est en train de nous dire : Je vais disparaître, DONC aimez-vous les uns les autres ! La communauté chrétienne est le substitut de l’absence de Jésus. Les gens ne verront plus Jésus : ils ne verront que des hommes et des femmes qui disent croire en lui. Cette foi ne sera crédible que si elle est confessée et proclamée par des hommes et femmes en communion d’amour, réelle, visible, manifeste.

Chers frères et sœurs, la charité chrétienne n’est pas une aumône jetée aux pieds du mendiant. Elle est l’élan qui vient de Dieu, passe par Jésus et anime entre eux ses disciples : c’est pourquoi le plus grand argument missionnaire n’est pas le raisonnement théologique, la perfection morale des croyants, la beauté des liturgies, le nombre de pratiquants, mais leur amour mutuel, leur unité.Ne vous détrompez pas. La paroisse n’est pas qu’un lieu de célébration de rites, un organisme de solidarité, mais doit impérativement être d’abord une « vraie communauté ». Elle n’est pas une masse de pratiquants qui se juxtaposent une heure le dimanche pour s’ignorer le reste de la semaine.

L’idéal (très difficile, toujours à construire) de l’amour mutuel frappera les hommes qui y verront le signe par excellence de la présence de Jésus vivant.

Homélie de la Solennité de l’Ascension de Notre Seigneur

P. Joseph G. EID

L’Ascension du Christ représente, de manière anticipée, la victoire de chacun et de chacune d’entre nous dans sa lutte contre le péché.

En Christ, nous sommes déjà vainqueurs. Ceci-dit, cette fête doit revêtir une allure particulière d’allégresse et de joie, car notre nature humaine est déjà assumée en Dieu et c’est là que nous sommes attendus par le Père.L’icône de la fête de l’Ascension le représente avec un vêtement brun. Cette couleur signifie que lorsqu’il monte « vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu » (cf. Jn 20, 17), il élève avec Lui toute l’humanité.Entre-temps, nous gardons toujours les pieds sur terre.

En tant que chrétiens, cela veut dire que nous acceptons la vie telle que le Christ veut que nous la vivions. Jésus avait dit que ses disciples étaient ses “témoins” : témoins de sa mort et de sa résurrection, témoins de la conversion proclamée en son nom à toutes les nations.

Nous sommes appelés à demeurer sur cette terre, mais à soutenir l’action du Christ grâce à la mission qu’il nous confère : celle d’élever les plus bas, élever notre terre, anticiper la victoire finale.

Chers frères et sœurs, recevons de Lui notre mission car elle est le prolongement de la mission du Fils, à Notre Seigneur la gloire pour les siècles des siècles.

Homélie du 4ème Dimanche de Pâques

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Jn 21, 1-14

Chers frères et sœurs, nous sommes au quatrième dimanche de Pâques, et les lectures d’aujourd’hui nous illustrent comment Dieu nous accompagne dans notre vie de foi, même quand nous semblons avoir tout abandonné, même quand nos activités quotidiennes ne laissent plus de place à notre engagement chrétien, et que la tiédeur ou le désespoir reprennent le dessus.

Le Seigneur vient à notre rencontre au lever du jour, lorsque la journée d’avant n’a pas bien abouti, lorsque tous nos efforts semblent vains, quand nos filets sont vides, le Seigneur est là à nos cotés. Et quand nous voyons la lumière du jour nouveau qui commence, c’est comme si tout était possible encore une fois. Le soleil levant est la promesse de la résurrection, de la vie nouvelle, de la lumière qui apparaît pour le cœur humain et qui fait rejaillir en nous l’espérance. Jésus vient réalimenter cette étincelle, cette flamme. Le Seigneur vient vers les disciples, doucement, calmement. Il vient se joindre à eux dans leur quotidien. Il s’intéresse à leurs besoins fondamentaux ; et qu’y a t-il de plus fondamental que la nourriture? « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? ».

Il leur demande cela, non pas parce que lui-même a faim, d’ailleurs le texte ne précise pas si Jésus lui-même a mangé, mais ce passage de Jean nous explique qu’Il leur a préparé à manger : « Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là,un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain ». Mais ce qui est intéressant, c’est que Jésus veut qu’ils lui ramènent les poissons qu’ils ont pris : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre ». Autre point intéressant, c’est que Jésus lui-même les servit : « Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson ». Chers frères et sœurs, Jésus veut se rendre entièrement à notre service, même si nous n’arrivons pas à le reconnaître pleinement. Dieu n’est pas dans son propre univers, loin de nous, indifférents à nos besoins. Il vient nous inspirer, Il vient nous encourager, comme Il l’a fait avec les disciples : « Mes brebis entendent ma voix ». N’est-il pas étonnant que les disciples acceptent la demande d’un inconnu qui leur dit :

« Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez »? « Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons ».

Nous pouvons des fois nous négliger spirituellement, il nous arrive de nous concentrer tellement sur notre travail, ou de désespérer face aux défis de la vie, à ce qui pourrait sembler être un échec, etc. Mais la marque du disciple, c’est qu’il se laisse inspirer par Dieu. Les disciples écoutent cet inconnu qu’ils connaissent pourtant. C’est la voix du pasteur qui les attire et ils n’auraient pas été tentés si facilement par d’autres voix.

J’aimerai également souligner un petit point très intéressant. En s’adressant à ses disciples, Jésus les appelle les enfants. Cela est dû, à mon avis, au fait que leur foi était toujours à ce stade enfantin, pas assez mature. Et les caractéristiques de ce manque de maturité se reflètent déjà dans le fait qu’ils ne sont pas restés fermes, dans la foi, en Celui qui les a accompagnés dans sa vie terrestre, en Celui pour qui ils avaient tout laissé pour le suivre, Lui qui essaie, toujours et maintes fois à travers les différentes apparitions, de les assurer de sa résurrection et de sa présence continuelle parmi eux. Ils sont toujours hésitants, et ne sont pas encore conscients qu’Il est là à leurs cotés, et qu’ils peuvent toujours compter sur lui comme ils l’ont fait de son vivant. Ils n’arrivent pas encore à réaliser que, sans Lui, leur vie n’a pas de sens. Ils résistent toujours au bonheur qui leur est offert. Le bonheur d’être avec Lui, de ne pas avoir à compter uniquement sur leurs propres forces, le bonheur de savoir que le maître est là et que nous pouvons recourir à Lui quand tout semble aller mal dans notre vie.

Oui chers amis, les disciples du texte d’aujourd’hui sont toujours des enfants, et ils ont encore du parcours à faire dans leur cheminement de foi, à commencer par Pierre, à qui le Seigneur va s’adresser d’une manière plus personnelle à la suite de ce texte. Pierre à qui le Seigneur va demander de traduire son amour, en acceptant de s’occuper du troupeau, de mûrir dans la foi, et d’aller jusqu’au bout des exigences de l’amour.

Et nous, chers frères et sœurs, sommes-nous prêts à écouter la parole de Celui qui nous demande de lâcher les filets pour vraiment vivre dans l’abondance ?

Homélie du 3ème dimanche de Pâques

Sur le chemin d’Emmaüs

P. Joseph G. EID

Chers frères et sœurs, ce récit des disciples d’Emmaüs nous apprend comment être de vrais missionnaires, des évangélisateurs authentiques, comme le premier et le plus grand des évangélisateurs, Jésus, et ceci à travers trois axes que je vais évoquer.

L’histoire s’ouvre avec deux personnes qui vont dans le mauvais sens. Dans l’évangile de Luc, Jérusalem est le centre de gravité spirituel : c’est le lieu de la Dernière Cène, de la croix, de la résurrection et de la pentecôte. C’est là où se déroule le drame du salut. Donc, en s’éloignant de la capitale, ces deux anciens disciples de Jésus vont à contre-courant. Jésus les rejoint dans leur voyage – mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître, et il leur demande de quoi ils parlent. Cette attitude est typique de Jésus. Il s’associe aux pécheurs. La première leçon à retenir pour être vraiment un bon missionnaire, évangélisateur, c’est d’apprendre à rejoindre les autres sur leur chemin, à ne pas les juger. Même s’il s’agissait d’un chemin de fuite, de retrait, de découragement. Cela suppose que nous apprenions à interroger les autres comme l’a fait Jésus, sur ce qui se passe dans leur vie : De quoi discutez-vous en marchant ? C’est ce qui va pousser l’autre, petit à petit, à avoir confiance et à s’ouvrir à moi. Déjà nous voyons comment l’un des voyageurs, Cléophas, commence à raconter toutes les « choses » concernant ce Jésus de Nazareth. « …Cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles etc.… » Il n’y a pas une chose que Cléophas dit à propos de Jésus qui ne soit fausse. Mais sa tristesse, son découragement, ce qu’il dit etc. nous montre la lenteur de leur foi. Déjà Jésus reconnaît cette lenteur :

« Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! »

Nous avons là une autre attitude que tout évangélisateur doit avoir. D’une part, la capacité d’être à l’écoute de ce que les personnes face à lui sont en train de dire, même si leur foi est lente. D’autre part, cette écoute doit être couplée d’une critique positive basée sur une bonne connaissance des écritures à la lumière du Christ. Je dois critiquer la lenteur de foi des autres, sans les juger. Mais je dois également les aider à mieux comprendre ce qui se passe vraiment dans leur vie à la lumière de la foi en Christ, même s’ils ne vont pas tout de suite reconnaître pleinement celui qui chemine avec eux dans leur vie.

Déjà nous voyons Jésus leur montrer le dessein global, le sens de ce qui s’est passé, et à travers ce processus ils commencent à saisir : leurs cœurs brûlent en eux. Apprenons à être des évangélisateurs qui connaissent les écritures, et qui les utilisent pour éclairer les autres, les événements dramatiques de leur vie à la lumière de la vie, de la passion de la mort et de la résurrection du Christ.

Les deux disciples insistent à ce que Jésus reste avec eux alors qu’ils s’approchent de la ville d’Emmaüs. Jésus s’assoit avec eux, prend du pain, le bénit, le rompt et le leur donne, et à ce moment ils le reconnaissent. Bien qu’ils aient commencé à voir par la médiation des Écritures, ils ne comprenaient pas encore qui il était. Mais en ce moment eucharistique, dans la fraction du pain, leurs yeux s’ouvrirent. Le moyen ultime par lequel nous reconnaissons pleinement Jésus-Christ n’est pas l’Ecriture mais l’Eucharistie, car l’Eucharistie est le Christ lui-même.

Et ainsi nous voyons la troisième grande leçon d’évangélisation. Les bons évangélisateurs sont des personnes de l’Eucharistie. Ils sont immergés dans les rythmes de la messe ; ils pratiquent l’adoration eucharistique ; ils poussent les autres à participer au corps et au sang de Jésus. Ils savent que ramener des pécheurs au Christ n’est jamais essentiellement et uniquement une question de témoignage personnel, ou une belle homélie inspirante, ou même une formation biblique qui ouvrirait les autres aux différents modèles de l’Écriture. Il s’agit avant tout de voir le cœur rompu de Dieu à travers le pain rompu de l’Eucharistie. Donc, frères et sœurs, à chaque célébration eucharistique, le Christ nous rejoint pour nous interroger, pour éclairer notre vie à la lumière des écritures (c’est la liturgie de la parole, la première partie de la messe), mais surtout pour partager le pain avec nous pour que nous puissions le reconnaître pleinement (liturgie eucharistique).

Chers évangélisateurs, faites ce que Jésus a fait. Marchez avec les pécheurs, ouvrez les écritures, et que votre vie soit une vie eucharistique qui attire les autres à venir à la table du Seigneur qui veut se donner à chacun. A Lui la gloire à jamais.

Homélie Lundi de Pâques

Félicitations à la Vierge Marie

P. Joseph G. EID

Chers frères et sœurs, quelle belle tradition que de féliciter Notre Mère en ce lundi après la résurrection de Notre Seigneur. Nous la félicitons pour plusieurs raisons. J’en mentionne trois.

La première raison est bien évidente. Nous la félicitons parce que son Fils a vaincu la mort ; Marie peut mettre fin maintenant à son deuil. Deuxièmement, parce qu’à partir de cet acte victorieux tout a bousculé. Et les promesses de Jésus à Marie au pied de la croix se réalisent par sa résurrection. Désormais, Marie est Mère de la nouvelle création. Mère, voici ton Fils. Jésus peut maintenant nous préparer des demeures dans la maison de Son Père, de Notre Père. La sainte famille accueille, à partir de ce moment, de nouveaux membres. Et chaque personne qui prend Marie chez lui et en son cœur peut appartenir à cette belle sainte famille.

D’où cette belle tradition orientale d’appeler les jours de la semaine après la résurrection, le lundi, mardi, etc, des argileux (Al Hiwariyoun) ou des blancs, autrement dit de ceux qui portent le blanc, de ceux qui ont cheminé avec le Christ, jusqu’à sa passion et sa mort, et qui ont été purifiés de par la lumière de la résurrection et de par leur baptême.

Dernier point, nous félicitons Notre Mère pour son immense foi, foi qui s’exprime en ce bel hymne du Magnificat. Ce choix de lire aujourd’hui ce beau chant d’action de grâce que Marie chante après sa visitation à Elizabeth peut nous sembler paradoxal. Pourtant, c’est aujourd’hui même que le magnificat trouve tout son sens. L’esprit de Marie exulte car elle a reconnu l’action salvatrice de Dieu qui s’est accomplie en son Fils. C’est aujourd’hui que nous réalisons pleinement les mots prophétiques du Magnificat de Notre Mère :

Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.

La résurrection de Jésus n’a-t-elle pas renversé l’ordre établi ? Le pouvoir de se monde n’a-t-il pas été renversé ? Et le Christ, humble serviteur n’a-t-il pas été élevé du gouffre de la mort ?

A travers les paroles de Marie, nous pouvons affermir notre confiance, en Notre Seigneur et en sa promesse qui se réalise aujourd’hui : Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères… Chers frères et sœurs, nous sommes les héritiers de cette promesse. Nous avons toutes les raisons de nous exalter avec Marie ; car nous serons comblés, nous serons rassasiés, et déjà nous pouvons faire cette expérience de la présence de notre Sauveur parmi nous et en nous. Son action salvatrice continue en son église. Soyons en les témoins.

Christ est ressuscité, Christ est ressuscité, Christ est ressuscité.