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Homélie Visitation de la Vierge à Elisabeth

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Chers frères et sœurs, en ce dimanche de la Visitation de la Vierge Marie à Elisabeth, nous visitons nous-mêmes le deuxième mystère joyeux du rosaire qui nous appelle à renforcer notre élan de missionnaire chrétien. Ce texte d’aujourd’hui est riche en enseignements concernant l’importance de la présence de la Vierge de Marie dans la vie du croyant et dans chaque foyer chrétien. N’est-ce pas au disciple bien-aimé que le Seigneur a adressé ces paroles : Voici ta mère ? Nous pouvons déjà apprendre de la Vierge comment être des hommes et des femmes de prières qui se laissent inspirer par l’action et la présence de l’Esprit de Dieu dans nos vies.

Guidés par l’Esprit, nous pourrions alors ouvrir nos cœurs aux besoins des autres. Comme Marie, tout en sachant que notre cheminement vers l’autre pourrait s’avérer long et périlleux, ne laissons pas l’enthousiasme de notre charité s’affaiblir à cause de la chaleur et du poids de nos soucis quotidiens. Dieu veut mener le monde à sa sanctification. Avec Marie, portons Jésus en nous à chacune de nos visites et de nos rencontres avec les autres. Offrons Jésus au monde, ainsi jaillira de nos visitations un flot interminable de grâces. Marie apporte la vie même, la vie de son Fils, à ceux qui sont présents. Dans notre mission de chrétiens, nous ne pouvons pas séparer le cœur de Jésus de celui de Marie. Si nous considérons que notre vocation de chrétien est de guider et de ramener le monde vers Jésus, dans cette perspective Marie devient la première missionnaire. Comment, comme Marie, réussir nos missions ? La visitation nous montre l’union extraordinaire de Marie avec son époux mystique : l’Esprit Saint. L’action et la coopération de l’Esprit au cours de cette visite saute à nos yeux : Quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint.

Une simple salutation de la Vierge Marie remplit l’atmosphère de la personne de l’Esprit Saint. Ce que nous dit amplement la prière du Je vous salue Marie, car, en saluant notre mère, on attend en retour une petite salutation de celle qui est remplie de grâces. Celui qui demande l’intercession de la Vierge Marie est confirmé dans sa vocation : Lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Jean-Baptiste est déjà confirmé dans sa vocation de précurseur à travers la salutation de la Vierge Marie. Et cela est reflété dans l’allégresse et le bonheur que vit celui qui est appelé à une vocation particulière.

Chers frères et sœurs, n’hésitons pas à demander l’intercession de notre mère. Ayons cette confiance que, là où se trouve Marie, se trouve son Fils. Là où la Vierge va, elle amène une abondance de grâces et mène ses enfants à la sanctification. Sainte Marie mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, pour que nous glorifions Notre Seigneur à jamais. Amen.

Homélie L’annonce à Zacharie

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Lc 1 : 1-25

Chers paroissiens, nous sommes devant un très beau texte qui nous présente un personnage hors du commun : Zacharie. De Zacharie et de sa femme Elizabeth il est dit qu’ils étaient l’un et l’autre des justes devant Dieu : ils suivaient tous les commandements et les préceptes du Seigneur de façon irréprochable.

Et nous avons cette belle description de la rencontre de Zacharie avec l’ange Gabriel qui lui annonce la bonne nouvelle. Je m’arrête surtout sur le cœur du problème soulevé par l’ange : …tu n’as pas cru à mes paroles (x2). Zacharie avait, juste avant, demandé à l’ange : Comment vais-je savoir que cela arrivera ? Homme de foi, il s’agit pour lui de savoir, car la foi est en lien avec le savoir et la connaissance. Et la réponse de l’ange est bien claire : Je suis Gabriel et je me tiens en présence de Dieu. J’ai été envoyé pour te parler et pour t’annoncer cette bonne nouvelle… Autrement dit : Zacharie tu as toutes les données nécessaires, je viens te parler de la part de Dieu pour t’expliquer de quoi il s’agit. Malgré cela, tu n’as pas cru à mes paroles !

En comparant la réponse de Zacharie à l’ange, à celle de Marie, nous voyons qu’avec Marie, il y a un pas de plus. Déjà, elle y croit. Elle interroge l’ange, elle veut comprendre mais en même temps, elle aspire à autre chose : Comment cela va-t-il se faire ? Autrement dit, que dois-je faire ? Je suis prête à faire tout ce qui est requis et nécessaire. Et l’ange Gabriel commence à expliquer à Marie comment cela va se passer et quel rôle elle aura à jouer : L’Esprit Saint viendra sur toi etc. Revenons à Zacharie. Quelle est la sanction que l’ange impose au pauvre Zacharie : …tu seras réduit au silence et, jusqu’au jour où cela se réalisera, tu ne pourras plus parler, parce que tu n’as pas cru à mes paroles. Zacharie ne peut donc plus parler.

Et d’après l’interprétation de St Ambroise, Zacharie ne peut non plus écouter. Rappelez-vous quand, à la naissance de son Fils, on s’approcha de lui pour lui demander, par des signes, comment il allait appeler son enfant. Il est, comme le texte le dit, complètement réduit au silence. Chers frères et sœurs, je prie de tout cœur le Seigneur pour qu’Il nous offre une si belle sanction, une sanction qui nous laisse pénétrer, à travers le silence, le mystère de l’infini qui se révèle à nous dans ce petit enfant que nous attendons tout au long de ce temps liturgique.

Où que nous soyons, quelle que soit notre responsabilité au sein de la société ou de la paroisse, assumons notre identité chrétienne, non uniquement en étant juste devant Dieu, ou en suivant les préceptes et les commandements de façon irréprochable, mais surtout et avant tout à travers la confiance en Dieu qui vient nous parler et nous annoncer la bonne nouvelle.

A Lui la gloire à jamais !

Homélie Dédicace (Sanctification) de l’Eglise

Premier Dimanche de l’année liturgique maronite – Toussaint (à la paroisse)

“Tu es le Christ”, “Tu es Pierre”

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Mt 16, 13-20

Tu es le Christ”, “Tu es Pierre

Chers frères et sœurs, Nous débutons aujourd’hui une nouvelle année liturgique par ce Dimanche de la dédicace de l’église (appelé également dimanche de la sanctification de l’église). Cette célébration fait écho à la fête juive d’Hanoukka. Le roi de Syrie, Antiochus IV Épiphane, avait interdit le culte juif et avait profané le temple de Jérusalem pour le dédier à Zeus, ce qui avait provoqué une révolte conduite par Judas Maccabée et ses frères. Ainsi, Hanoukka, la fête de la dédicace et des lumières, commémore la purification et la redédicace du deuxième temple par Juda Maccabée, en décembre de l’an 164 avant Jésus-Christ.

Une des caractéristiques attrayantes de cette fête, c’est son aspect festif et jovial. Chaque juif est appelé à vivre cette expérience dans la joie. Au début de cette année, nous sommes tous appelés à la sainteté, une sainteté uniquement possible si nous cheminons ensemble dans la joie, une joie opérée par une purification individuelle et communautaire. Nous célébrons également la fête de la Toussaint, commémorant tous les saints qui sont devenus des exemples concrets de courage et d’héroïsme, non pas parce qu’ils étaient sans failles, mais parce qu’ils ont laissé Dieu les sanctifier. La sanctification se manifeste au fur et à mesure que nous est révélée la vraie identité, le visage radieux du Christ qui veut que nous apprenions à mieux le connaître, d’une manière plus intime et plus profonde que le consensus général.

A ceux qui veulent s’approcher de Lui et entrer dans une relation authentique avec Lui, le Christ demande : Pour vous qui suis-je? C’est en essayant de répondre à cette question existentielle que tant d’hommes et de femmes sont devenus des phares-lumière éclairant nos chemins. Nous sommes tous appelés à suivre leur exemple. Certes, chacun de nous a son expérience personnelle avec le Christ, mais nous sommes appelés à répondre en église. Notre réponse de foi ne peut pas rester individuelle. Elle doit s’adapter à la révélation du Père faite à Pierre. Nous apprenons comme Pierre à reconnaître le Christ, Fils du Dieu vivant.

Mais nous reconnaissons qu’à partir de ce moment crucial du dialogue de Jésus avec Pierre, notre foi devient celle de Pierre, celle de l’église bâtie sur Lui, une église qui, malgré nos faiblesses humaines, est plus forte que la puissance de la Mort. Nous sommes amenés à cultiver cette confiance en Pierre, non pas à cause de ses qualités particulières ou de ses vertus extraordinaires, mais grâce à la parole du Christ qui nous assure que tout ce que Pierre aura lié sur terre sera lié dans les cieux, et tout ce qu’il aura délié sur terre sera délié dans les cieux.

Chers frères et sœurs, nous prions Notre Seigneur pour que nos cœurs s’ouvrent à l’action de l’Esprit Saint qui manifeste ses dons en vue du Bien, comme le rappelle St Paul dans sa première lettre aux corinthiens. Nous nous reconnaissons faibles, mais nous admirons en nous, et dans les autres, les grâces que Dieu a déversées en chacun et en son église pour notre sanctification et pour le salut du monde.

A Notre Seigneur la gloire pour les siècles des siècles.

Homélie Nos talents divins

6ème dimanche après l’Exaltation de la Croix

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Mt 25, 14-30

Chers frères et sœurs, une des interprétations les plus classiques de cette parabole, c’est que les talents représentent effectivement nos talents, nos dons, et qu’il faut vraiment investir ces dons pour faire du bien dans le monde. En les faisant fructifier, nous en gagnerons énormément de bénéfices, dans ce monde et dans l’autre. C’est une interprétation tout à fait plausible, mais qui ne prend pas en compte le sens premier du mot talent, terme utilisé pour indiquer une unité de masse pour mesurer le poids de quelque chose en argent ou en or.

Le talent était donc signe d’une grande richesse. Ce qui signifie que Dieu est extrêmement généreux vis-à-vis de nous tous, ses serviteurs, même avec celui qui à qui Il n’a donné qu’un seul talent.En hébreu, l’équivalent du terme/mot poids ou de ce qui pèse le plus, c’est le kabod du Seigneur, qui devient par la suite gloria en latin. Pour dire que Dieu est le plus dense, qu’Il est le plus important. Le Kabod du Seigneur se trouvait dans le temple, plus précisément sur le siège de la miséricorde qui couvrait l’arche de l’alliance, entre les deux chérubins. Ce siège était considéré comme le lieu où demeurait le Seigneur et d’où Il donnait son Kabod, sa gloire pesante, qui n’est autre que son infinie miséricorde divine.

Retournons à la parabole. Les trois serviteurs reçoivent donc une bonne et énorme portion de miséricorde divine, qui a été versée dans leur cœur. La miséricorde divine existe uniquement sous forme de don, don appelé à être fructifié. Dans cette logique-là, quand vous dépensez cette miséricorde divine, quand vous la donnez aux autres, elle augmente automatiquement en vous! Le problème du troisième serviteur, qui ne reçoit qu’un seul talent et qui l’enfouit, c’est qu’il ne comprend pas la nature du don reçu. La seule chose que nous ne pouvons pas faire avec la miséricorde divine, c’est de la garder pour soi, la préserver. Ce qui va se passer, c’est que le Maître vous l’arrachera ! C’est une simple réalité spirituelle. Quand vous essayez de faire de la miséricorde divine votre propre possession, vous la perdez.

Quand vous dépensez et dispensez le don de la miséricorde que vous avez reçu, elle augmente en vous.Dans quelques instants, des membres de la confrérie du St Rosaire de notre paroisse vont renouveler leurs vœux.

J’en profite pour les remercier de tout cœur pour tout ce qu’elles apportent à notre paroisse de par leur présence. Je les remercie avant tout pour leur beauté, beauté qui émane surtout du fait qu’elles aient toutes répondu à l’appel du Seigneur qui leur a dispensé des talents et qui les a invitées à les investir au service de son royaume dans notre paroisse. Je les remercie d’avoir incarné la vraie vocation de toute confrérie, celle d’être une fraternité, une famille de croyants engagés dans la paroisse et dans l’église et qui cheminent ensemble. Je les remercie de nous avoir porté de par leurs prières, de s’occuper de nos besoins paroissiaux les plus rudimentaires, et de vivre ainsi la charité chrétienne. Je voudrai également les remercier car elles ont toujours ce souci d’être formées spirituellement et intellectuellement dans leur foi. Et j’invite les femmes et les hommes qui aimeraient suivre leur exemple et les rejoindre à ne pas hésiter un instant.

Chers frères et sœurs, tout ce que notre Dieu sait faire, c’est donner. C’est ça la miséricorde divine. Entrons dans la confiance, et réalisons à quel point Il nous fait confiance. Soyons conscient des grâces qu’Il nous octroie ; soyons conscients de son infinie miséricorde qu’Il verse en nous. Soyons la bonne terre de laquelle jaillira le bon parfum de la gloire divine dont a besoin notre monde aujourd’hui !

A Notre Seigneur la gloire pour les siècles des siècles !

Homélie Les dix vierges

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Mt 25, 1-13

Chers frères et sœurs, cette parabole des dix vierges est révélatrice de notre condition humaine et de notre vie de foi. Elle s’adresse à nous, chrétiens porteurs de lumière, invités à la rencontre de l’époux.

C’est à nous qu’est déjà confiée la tâche d’éclairer la route. C’est à nous d’être lumière dans l’obscurité et de guider les autres vers les noces. C’est à nous d’avoir des provisions, surtout au milieu de la nuit, quand tout n’est pas clair dans notre vie, quand nous sommes face à des difficultés et face au grand sommeil de la mort. C’est à nous de vivre notre foi et de refléter ce bonheur des amis de Dieu.

Déjà, comme les vierges de la parabole, insouciants ou prévoyants, nous sommes tous portés par ce désir d’aller à cette rencontre. Les vierges portaient ce désir, inné en nous, conscient ou inconscient, de nous unir pleinement à Dieu en son royaume. Et les noces incarnent cette union et cette plénitude, notre besoin de sécurité, de stabilité, de nouveauté et de plénitude. Mais la parabole nous signale le grand écart entre la volonté de Dieu pour ses enfants et la réalité concrète que nous vivons.

En vrai, nous désirons et cherchons le royaume de Dieu, mais nous ne le faisons pas tous avec sagesse. Les sages parmi nous sont ceux qui, tenant compte du temps dont ils disposent, se sont préparés dès le début à la venue du Seigneur. Mais les insensés et les insouciants reflètent qu’il y a des croyants laxistes et des indifférents. Il y a malheureusement des chrétiens qui n’orientent pas leurs efforts vers l’espérance et la résurrection. Ils vivent uniquement pour ce monde, sans se soucier forcément du jugement dernier.

Que signifierait l’huile en ce contexte eschatologique de la fin des temps ? St. Augustin suggère qu’elle symboliserait la charité. Ainsi, il est tout à fait plausible de dire que l’huile se réfère à une disposition intérieure qui accompagne nos actes. Car, en fin de compte, le cheminement des dix vierges semble pareil. Leurs actions sont similaires. Et leur projet est le même, celui d’aller à la rencontre de l’époux. Elles sont toutes équipées de leurs lampes. La différence réside en ce qu’elles ont, au milieu de la nuit, des provisions de côté. St Augustin nous rappelle l’hymne à la charité de la première lettre aux corinthiens de St Paul qui déclare l’inutilité des actions qui ne sont pas pourvues de charité. J’en retire cette belle expression : … J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.

Chers frères et sœurs en Christ, le Seigneur nous demande aujourd’hui : Avez-vous agi avec amour ? Avez-vous gardé allumée la lampe de votre espérance ? Nous sommes en ce moment invités à vérifier nos lampes. Sont-elles animées par des préoccupations et des désirs liés uniquement à la vie présente, ou brûlent-elles de l’huile durable de la charité, que même les ténèbres de la mort ne peuvent éteindre ?

A notre Seigneur la gloire pour les siècles des siècles.

Homélie Quatrième Dimanche après l’exaltation de la Croix

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Mt 24, 45-51

Chers frères et sœurs, le maître viendra le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas. Une chose est sûre et certaine : nous ne pouvons pas échapper à la mort et le Seigneur viendra pour nous juger ; et la question que nous devons-nous poser est celle-ci : à ce moment-là, serions-nous préoccupés à faire Sa volonté ou la nôtre ?

Nous allons mourir et nous serons jugés. Beau sujet pour une conversation si vous êtes avec des amis. Imaginez-vous en train de entamer une discussion avec quelqu’un en lui disant : tu vas mourir. Nous allons mourir, et, pour la plupart des saints, c’est la réalité première qu’ils se fixent au lever du jour quand leur journée démarre. Ils font cela non pas pour sombrer dans le désespoir, mais plutôt pour que chaque jour soit pour eux une occasion d’un nouveau départ avec Dieu.

Que vais-je faire aujourd’hui pour Dieu ? Quelle est la volonté de Dieu pour moi aujourd’hui ? comment faire pour que je sois apte à aller là où je ne veux pas aller si, à un certain moment, le Seigneur vient me dire d’arrêter mes projets personnels ? Bien plus, comment faire pour que cette dernière journée soit vécue dans la plénitude de la joie avec le Seigneur et avec les autres? Comment faire pour que ce jour de ma mort soit le couronnement de ma vie? Suis-je prêt à rencontrer le Seigneur face à face ? Suis-je prêt à être jugé d’un jugement dont la mesure sera l’amour-même ? et quelles paroles voudrais-je que le Christ dise de moi à ce moment d’ultime rencontre ?

Que va-t-il me dire ? En ce qui me concerne, j’aimerai qu’il me répète les paroles qu’Il adresse au serviteur fidèle au chapitre 25 : Très bien, serviteur bon et fidèle. Très bien, tu as bien agi, tu m’as été fidèle, tu as pris soin des miens, tu as fait ma volonté de ton mieux. Oui, heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi !

Chers frères et sœurs, en attendant le beau face à face avec Notre Seigneur, nous prions aujourd’hui pour que chaque instant de notre vie terrestre soit une préparation à cette rencontre. Nous prions pour que notre vie soit enracinée dans le bonheur du ciel, le bonheur de ceux qui cherchent et qui font la volonté de Dieu.

A Notre Seigneur la gloire pour les siècles des siècles.

Homélie Les faux prophètes

Troisième dimanche après l’Exaltation de la Croix

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Mt 24 : 23-31

Il surgira des faux messies et des faux prophètes, ils produiront des signes grandioses et des prodiges, au point d’égarer, si c’était possible, même les élus.

Chers frères et sœurs, ce passage de l’évangile de Matthieu que nous venons d’entendre fait partie du discours sur la fin des temps du chapitre 24 et 25, où Jésus alerte ses disciples sur les difficultés et les défis, les atrocités qui caractériseront ces temps-ci, et auxquels devront faire face ceux qui sont appelés à le suivre. Jésus ne mentionne pas de date particulière quand les disciples l’interrogent à propos de la fin. Il est plus concerné par la mise en garde de ces derniers et par leur éducation ; il veut les préparer à faire face à cette fin. Mais ce qui est plus important pour le Christ, c’est que nous ne passions pas notre temps à nous soucier des temps à venir, au point que cela devienne une obsession. Il souhaite plutôt que nous nous préoccupions de l’instant présent. Il veut nous encourager à tenir ferme dans la foi, et il nous donne les outils nécessaires pour faire face aux persécutions, aux tentations et aux moments sombres de nos vies.

Une des grandes tentations serait, d’après ce texte, la séduction des faux-prophètes. Et ne vous détrompez pas, parfois il n’est pas si évident de discerner les faux-prophètes. Et, aujourd’hui comme hier, les faux-prophètes sont nombreux et peuvent mener, aussi bien les élus que les chrétiens, à l’égarement. Ils peuvent nous dérouter et nous convaincre. Ils pensent détenir personnellement la/les vérité(s) qu’ils proclament. Rappelez-vous certaines sectes qui nous ont martelés en nous proposant des dates précises sur la fin des temps. Vous avez sans doute regardé ou entendu parler des films en 2012 sur la fin.

Chers frères et sœurs, une des dimensions de notre baptême, en tant que membres du corps du Christ, c’est d’être prophète. Et la prophétie, au sens biblique, a diverses caractéristiques : une relation intime avec le Seigneur ; un zèle missionnaire qui pousse le prophète à dépasser sa peur afin de transmettre la parole de Dieu et d’en être le témoin. Le prophète est également celui qui cherche à mettre en évidence la gloire de Dieu et non sa gloire personnelle. Il est surtout quelqu’un qui reconnaît sa fragilité et qui la remet entre les mains de Dieu. Rappelez-vous Moise et Jonas. Mais ce qui caractérise la prophétie chrétienne, c’est qu’en plus des caractéristiques déjà mentionnées et bien d’autres, le chrétien est surtout porteur de la croix, à la suite du Christ. Il est également porteur d’espérance, lumière qui surgit de l’expérience de sa propre passion unie à celle du Christ, lumière qui éclaire l’obscurité. Le chrétien est, comme le dit st Paul, quelqu’un qui a sa citoyenneté dans les cieux.

Malheureusement, certains peuvent perdre la voie, oublier l’appel qui leur a été conféré de par leur baptême. Leur témoignage devient alors un faux témoignage. Ce sont là les faux-prophètes, les faux-messies dont parle l’évangile. Certes, le Christ nous alerte en nous disant que certains produiront même des signes grandioses et des prodiges. Mais un faux-prophète est avant tout un chrétien déchu qui se comporte, comme le dit st Paul, en ennemi de la croix du Christ. Il s’agit de quelqu’un qui met sa gloire dans ce qui fait sa honte. Il s’agit de quelqu’un qui vit pour ce monde. Il œuvre, consciemment ou inconsciemment, pour égarer les autres du vrai chemin. Nous risquons nous-mêmes de devenir des faux-prophètes quand nous vivons sans espérance, quand nous ne bâtissons que des demeures terrestres, quand nous nous accroupissons dans un coin et que nous n’allons pas de l’avant, témoignant avec espérance de notre foi. Nous devenons de faux-prophètes quand nos cœurs s’endurcissent et quand l’indifférence règne en reine dans notre quotidien. Nous devenons des faux-prophètes quand nous perdons les repères moraux que nous enseigne notre église, quand tout devient permis et que nous n’arrivons plus à distinguer le bien du mal.

Chers frères et sœurs, nous sommes citoyens des cieux. Rappelons-nous notre grandeur et notre dignité. Croyons fermement en nous, car Dieu croit en nous. Ne tournons pas notre dos à notre appel premier. Demeurons fermes sur le droit chemin, chemin de beauté, de bonté et de vérité.

Notre gloire découle de la gloire de Notre Seigneur, à Lui la gloire à jamais.

Homélie fête de l’exaltation de la Croix

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié

Chers frères et sœurs, nous fêtons aujourd’hui la fête de l’exaltation de la croix. Cette heure de gloire, c’est l’heure de la passion de notre Seigneur, l’heure de la crucifixion du Fils de l’homme qui s’abandonne entre les mains de son Père, pour nous révéler que l’Amour de Dieu est vainqueur de la souffrance et de la mort, pour nous dévoiler que notre vie trouve tout son sens en cet amour qui nous relève de l’absurdité vers la lumière. Nous savons déjà quelle est notre destination finale.

La croix nous révèle un Dieu Père plein de miséricorde qui nous aime d’un amour déconcertant. Un Père tellement écœuré par ce châtiment infligé à Son Fils, mais qui, par amour pour chacun de nous, préfère, j’oserai dire, souffrir en silence. Nous avons tellement de valeur aux yeux de Dieu, au point d’être dignes de Son amour non-mérité. La croix nous laisse pénétrer au cœur même de Dieu et nous révèle la nature même de l’Amour, le vrai Amour… un amour qui se veut sacrificiel pour celui qu’on aime. L’attitude du Fils qui, malgré son angoisse et sa douleur, démontre un courage inégalé. Oui, celui qui aime est courageux, tout en restant doux et humble. La croix nous projette un Jésus patient face aux injures, aux inflictions et aux humiliations, mais qui reste attaché à la volonté de son Père malgré le silence pesant de ce qui peut paraître comme l’absence de ce dernier. Et combien de fois, dans nos épreuves, ne nous sommes nous pas sentis révoltés à cause de ce silence ?

Mais la croix, c’est également l’ultime moment des paradoxes. Et c’est ce qui va vraiment marquer notre cheminement dans la foi. C’est ce qui va faire la gloire du chrétien, sa force et sa sagesse. Certes, la souffrance nous est déplorable, répulsive, mais la croix, elle, le chrétien l’aime et la chérit. Car aussi paradoxal que ceci puisse paraître, notre amour et notre charité chrétienne sont purifiés grâce au feu de la croix.

Déjà dans sa première lettre aux corinthiens, St Paul parle du paradoxe du langage de la croix qui est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais puissance de Dieu pour ceux qui vont vers leur salut. Ceux qui vont à leur perte, ce sont ceux qui ne vivent que pour ce monde. Ce sont plus les raisonneurs d’ici-bas, autrement dit ceux qui sont sages selon la sagesse du monde, la sagesse que Dieu a rendu folle. St Paul va expliquer que le monde, avec toute sa sagesse, ne peut pas reconnaître Dieu, et qu’il en est ainsi par une disposition de la sagesse de Dieu. En tant que chrétiens, nous sommes appelés à laisser notre intelligence être éclairée par la sagesse de Dieu et, comme le dit St Paul, nous sommes appelés à proclamer quelque chose qui peut paraître comme folie aux yeux des hommes : un Messie crucifié. Ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.

Chers frères et sœurs, la force du chrétien est ancrée dans sa faiblesse et dans son espérance en Dieu. La sagesse du chrétien est vraiment folie, mais heureuse folie qui puise de la sagesse de Dieu.

Homélie Le Bon Samaritain

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Luc 10, 25-37

« …Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »

Chers frères et sœurs, je ne vais pas reprendre l’interprétation classique, extrêmement pertinente, des pères de l’église de cette belle parabole de l’évangile de Luc qui met en relief Jésus comme le Bon Samaritain, venu relever et ramener l’humanité blessée et déchue vers l’église (l’auberge) pour nous guérir, surtout à travers les sacrements que sont l’huile et le vin, l’huile de notre baptême et le vin de l’eucharistie.

Certes, c’est le Bon Samaritain qui vient en premier à la rescousse pour nous sauver, mais je préfère aujourd’hui développer ma réflexion à partir de la question initiale du docteur de la loi : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? ». Quelle est ma part de responsabilité aujourd’hui ? Ai-je un rôle à jouer dans l’histoire du salut, la mienne et celle des autres ? Nous connaissons tous la réponse de Jésus qui interroge ce docteur de la loi, en le ramenant à la Loi : « Dans la Loi, qu’y a t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? » et ce dernier va répondre en citant une partie du Shema Israël : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur… et ton prochain comme toi-même ».

Déjà, faisons un petit examen de conscience en ce temps prolongé de la pentecôte qui nous invite à ouvrir nos cœurs à l’action de l’Esprit dans nos vies. Dieu est-il la priorité dans notre vie ? L’aimons-nous de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre force et de toute notre intelligence ? Cette expression, qui nous parait si familière, mériterait une réflexion de notre part. Déjà, elle souligne les aspects divers qui devraient décorer et garnir notre relation avec Dieu. Et ce qui peut nous paraître étonnant, c’est le fait que Jésus rappelle à ce jeune homme qui veut être éclairé et orienté le commandement de l’amour. Ce qui pourrait interpeller certains, une bonne majorité d’entre nous, car l’amour peut-il être commandé ? Dans une perspective biblique, oui. L’amour, chers amis, est un commandement ; d’ailleurs, il est le premier des commandements donnés par Dieu. C’est ce premier commandement qui était censé être l’assise sur laquelle sera formé le peuple de Dieu qui croit en son Dieu Unique. Et cet amour ne se résume pas à l’affectivité. Cet amour devrait être traduit par ma fidélité à la Loi (pour un juif). De nos jours, en tant que chrétien, cet amour se traduit par ma fidélité à ma mission ecclésiale, par ma fidélité à l’enseignement de l’église, par le fait que j’assume mes responsabilités vis à vis de mon épouse/époux, vis à vis de mes enfants/parents, par mon engagement social, par mon honnêteté professionnelle, etc. Et cet amour engage tout mon cœur, toute mon âme, toute ma force et toute mon intelligence. Autrement dit, certes il y a un côté affectif à l’amour, mais il y a également un aspect spirituel. L’amour de Dieu engage aussi notre force. Par force, j’entends que cet amour doit être responsable, éviter la oisiveté. Notre amour devrait donc tendre à l’action et non à la passivité.

Autre point, l’amour se voudrait intelligent. Nous sommes invités à approfondir notre foi. Nous ne deviendrons pas tous des docteurs en théologie, mais nous sommes tous sollicités à approfondir notre foi. Le spirituel et l’intellectuel vont de pair. Nous ne pouvons pas dissocier l’un de l’autre, de même que nous ne pouvons pas dissocier en Jésus sa nature divine de sa nature humaine. Notre spiritualité, me semblerait-il, devrait éviter deux écueils. Le premier serait de tomber dans une spiritualité déconnectée de la réalité de tous les jours ; et le deuxième, dans le sens inverse, de tomber dans trop d’activisme, négligeant sa vie intérieure.

Ce qui nous mène au second volet de la question du docteur de la loi : Qui est mon prochain ? Nous sommes appelés à aimer de tout notre cœur, de toute notre âme, Dieu que nous ne voyons pas à l’œil nu d’une manière concrète, mais qui se traduit par l’amour du prochain.

Chers frères et sœurs, l’interprétation des pères de l’église nous rappelle que chaque personne est concernée par notre amour. Nous sommes tous blessés et nous avons plus besoin de bons samaritains dans notre vie ; ce bon samaritain qui pourrait être un inconnu, un exclu qui pourtant pourrait nous aider à retrouver notre dignité. N’oublions surtout pas que Dieu nous a aimé en premier, que Jésus est le Samaritain par excellence, qu’Il est le rejeton, qu’Il a été méprisé des siens etc. Mais qu’Il nous a, par amour, rejoint sur nos chemins escarpés pour nous venir en aide.

A Notre Seigneur la gloire pour les siècles des siècles. Père Joseph EID

Homélie Le Pharisien et le Publicain

Seizième Dimanche de la Pentecôte 

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Luc 18, 9-14

Chers frères et sœurs, dans l’évangile d’aujourd’hui nous sommes face à une parabole familière, l’histoire du pharisien et du publicain, deux hommes qui, semblerait-il, viennent au temple adorer le Seigneur. Chacun des deux s’exprime différemment sur son expérience personnelle avec Dieu, sur ce que Dieu a accompli dans sa vie et ce qu’à ce qu’il serait en train de faire pour Dieu.

L’évangile de Luc nous présente le pharisien, qui en tant que figure religieuse, en tant que leader, est appelé à montrer l’exemple. Et dans le temple, il décrit ouvertement quel genre d’exemple il est. Il se décrit comme il se voit et il contemple son exemplarité, ses accomplissements. Il est bien d’être fier de soi-même, de ce que nous avons réalisé. Bien plus, il est bien de rendre grâce à Dieu pour la personne que nous sommes etc. C’est ce que fait le pharisien. Il « rend grâce » à Dieu pour tout cela. Il attribue à Dieu le fait qu’il ne soit pas comme les autres hommes… ou encore comme ce publicain. En cela, il dit vrai. Nous sommes tous différents, pas comme les autres. Son propos n’est pas condamnable en soit, mais ce qui est triste c’est qu’il se dresse lui-même en juge condamnant les autres, les traitant d’être voleurs, injustes, adultères.

De plus, sa prière ressemble plus à une éloge personnelle orgueilleuse et vaine qui se vante au détriment des autres. Le problème majeur de certains d’entre nous c’est de penser que nous sommes parfaits, c’est de ne pas reconnaître leurs faiblesses et de passer son temps à examiner les défauts des autres, alors que bien que nous soyons tous différents, nous cheminons tous sur le même chemin, nous traversons tous l’océan dans le même navire, avec nos limites et nos incohérences et avec en bagage la belle complexité de notre condition humaine.

Autre défaut qui nous guette et que nous dévoile l’attitude du pharisien, surtout dans sa manière de prier, c’est de ne pas savoir s’incliner et de ne pas savoir prendre distance en priant, pour précisément repérer ce qui, en nous, nous empêche d’avancer. Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même. Pour prier, nous devons apprendre l’humilité, et nous devons apprendre de ne pas rester centrés sur nous-mêmes, mais plutôt de s’examiner.

C’est ce que nous apprend le publicain qui se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : “Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !”D’une part, il sait prendre ses distances. Il est dans une attitude d’humilité. Il n’ose même pas lever les yeux vers le ciel. Il se tourne vers Dieu avec espérance tout en reconnaissant ses péchés. Il ne se laisse pas sombrer dans le désespoir à cause de ses péchés, et exprime sa confiance en Dieu à travers sa belle supplication.

A Jésus de déclarer : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »

A Notre Seigneur la gloire pour les siècles des siècles.