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Homélie Troisième Dimanche de la Pentecôte

P. Joseph G. EID

Évangile du jour

Jn 14, 21-27

Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime

Chers frères et sœurs, l’amour est le plus beau cadeau qui nous est donné. Quand deux personnes s’aiment cet amour qui les éprend touche tout leur être, les touche même corporellement. Rappelez-vous le premier coup de foudre, la première fois que vous avez réalisé que vous étiez amoureux. Les sensations bizarres que vous avez ressentis, leur complexités, ce mélange paradoxal d’angoisse et d’extase , d’inquiétude et de joie.Et il n’est pas anodin que la relation que Dieu veut nouer avec chacun de nous et avec toute l’humanité ressemblerai étrangement à cette passion amoureuse.

Une des plus belles illustrations en est le cantique des cantiques, que certains d’entre nous jugeraient très osé. Cependant, au fur et à mesure que deux personnes cheminent dans l’amour, bien que guidés par la flamme originelle, les deux amoureux cherchent à trouver le repos l’un avec l’autre. L’autre devient source de stabilité, source de paix si je me laisse conduire dans la confiance.

De ce fait, quand nous sommes amoureux, nous ne pouvons pas ne pas chercher à être ensemble à demeurer l’un avec l’autre : … nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure.Au début de la relation, nous sommes face à l’inconnu. Nous ne savons pas quelle serait la réponse de l’autre, si l’amour est partagé. Nous sommes inquiets et nous cherchons à avancer, à progresser ensemble.

Donc, aussi paradoxalement que cela ne puisse le paraître, l’amour cherche à retrouver l’autre, à se construire une demeure avec l’être aimé. Et les pierres qui formeront l’assise de cette demeure nous ont été également données. Il suffirait de les utiliser. Pour bâtir cette demeure, le Seigneur nous offre les commandements. Et chaque fois que nous gardons ses commandements nous ajoutons une pierre à l’édifice.

Car l’amour bien qu’il soit flamme, est également un choix que nous devons faire en toute liberté et maturité. Je ne peux pas prétendre à l’amour si je n’exprime pas cet amour. Je ne peux pas prétendre aimer quelqu’un si je ne réponds pas à son appel d’amour. Garder les commandements, c’est une manière de dire au Seigneur que je L’aime, que j’ai confiance en Lui, que j’accueille ses commandements les bras ouverts car je reconnais qu’ils me sont donnés pour mon édification, pour mon bien.

Et celui qui aime vraiment le Seigneur et qui garde ses commandements, fait vraiment cette expérience d’être avec Lui, d’être proche de Jésus et du Père, d’être guidé et consolé par l’Esprit.

Chers frères et sœurs, en ce troisième dimanche de la Pentecôte, nous demandons à notre Dieu de nous aider à vraiment le choisir comme notre ultime bien. Ouvre nos cœurs Seigneur à Ton amour, aide-nous à demeurer avec Toi en gardant tes commandements de vie.

Homélie du Dimanche 13 mai 2018

P. Joseph G. EID

« Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »

Dans l’AT, la Loi ne commande-t-elle pas : « …Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? Quelle est donc la nouveauté du commandement de Jésus ?On est habitué à penser à la nouveauté comme à quelque chose qui désigne ce qui n’avait pas encore été dit ou réalisé, le dernier cri. Mais ce qui est « dernier cri » sera toujours très vite remplacé par autre chose qui ne sera « nouveau » qu’un temps, pour devenir à son tour obsolète.

Le commandement de Jésus, lui, est « nouveau », non au sens d’inédit mais au sens de qualité, de profondeur. Quand on parle d’une ALLIANCE « NOUVELLE », il ne s’agit pas de remplacer les 10 commandements, mais d’une relation à Dieu qui sera d’une qualité radicalement différente. Il s’agit de l’amour crucifié de Jésus qui ne pourra jamais être surpassé.Lorsque Jésus précise : « COMME JE VOUS AIME », ce n’est pas là uniquement un exemple à suivre : tenter de « faire pareil ». C’est l’amour de Jésus qui provoquera l’amour mutuel entre disciples, qui en sera le fondement, la source. La nouveauté de ce commandement est donc Jésus en soi, son amour présent dans le monde.

Mais, paradoxalement, on ne ressent pas toujours dans notre quotidien la présence agissante de l’amour de Jésus. Cela est dû peut-être au fait que Jésus n’est plus présent physiquement. En effet, Jésus va disparaître au regard de ses disciples. Je suis encore avec vous, mais pour peu de temps. Sa disparition est une invitation à chacun de nous, tout particulièrement à ceux qui sont appelés à croire sans voir, aux Thomas que nous sommes. Le Seigneur est en train de nous dire : Je vais disparaître, DONC aimez-vous les uns les autres ! La communauté chrétienne est le substitut de l’absence de Jésus. Les gens ne verront plus Jésus : ils ne verront que des hommes et des femmes qui disent croire en lui. Cette foi ne sera crédible que si elle est confessée et proclamée par des hommes et femmes en communion d’amour, réelle, visible, manifeste.

Chers frères et sœurs, la charité chrétienne n’est pas une aumône jetée aux pieds du mendiant. Elle est l’élan qui vient de Dieu, passe par Jésus et anime entre eux ses disciples : c’est pourquoi le plus grand argument missionnaire n’est pas le raisonnement théologique, la perfection morale des croyants, la beauté des liturgies, le nombre de pratiquants, mais leur amour mutuel, leur unité.Ne vous détrompez pas. La paroisse n’est pas qu’un lieu de célébration de rites, un organisme de solidarité, mais doit impérativement être d’abord une « vraie communauté ». Elle n’est pas une masse de pratiquants qui se juxtaposent une heure le dimanche pour s’ignorer le reste de la semaine.

L’idéal (très difficile, toujours à construire) de l’amour mutuel frappera les hommes qui y verront le signe par excellence de la présence de Jésus vivant.