Homélie en l’église St Bonaventure (Lyon)

Dans le cadre de la semaine de la prière pour l’unité des chrétiens

P. Joseph G. EID 

Lectures de ce jour selon le rite latin

Cor.12 : 4-11 ; Jn 2 : 1-11 

Révérends pères, chers frères et sœurs, je répète l’expression de ma joie et de ma gratitude d’être parmi vous, accompagné des fidèles de la paroisse maronite de Lyon dans le cadre de la prière pour l’unité des chrétiens. Ainsi, nous pourrons témoigner, comme le dit St Paul dans sa première lettre aux corinthiens, que les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit, le même Dieu qui agit en tous. Et nous avons l’assurance des paroles du Christ-même, adressées à ses disciples en Mathieu 18 :

« Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis-là, au milieu d’eux ».

Cependant, le chemin vers l’unité tant souhaitable par le Christ (Que tous soient un, comme Toi, Père, Tu es en moi et moi en Toi : Jn. 17, 21) est surtout et avant tout un chemin de sanctification dans la vérité (sanctifie-les dans la vérité). Oui, le chemin vers l’unité désirée par tous les chrétiens est un chemin de sanctification dans la vérité qui requiert une conversion continue et humble de notre part, pour que nous puissions être sûrs que nous sommes vraiment réunis ‘en son nom’.

Chers amis, je profite de ma présence parmi vous pour ouvrir une petite parenthèse à propos de l’église maronite. Cette église catholique orientale est une église antiochienne de rite syrio-araméen en pleine communion avec Rome. Elle a été fondée autour des disciples de St Maroun, moine du 4ème – 5ème siècle. Les fidèles de cette communauté, traditionnellement monastique, se regroupaient autour de leur patriarche et de leurs évêques. Cela dit, j’aimerai souligner que l’histoire de ce peuple est semée de persécutions continues. Ce qui a poussé cette communauté à se réfugier d’abord au Mont-Liban, et à peupler cette région en s’ouvrant aux communautés voisines. Le siège patriarcal de la communauté maronite se trouve au Liban, considéré comme la patrie spirituelle de tous les maronites. L’enseignement des membres de cette communauté paysanne se résumait à l’enseignement catéchétique transmis par les moines et les prêtres. Ce n’est qu’avec l’influence latine, malgré les effets négatifs d’une latinisation un peu poussée, que le clergé maronite, grâce à l’école maronite de Rome, contribua à l’essor de l’enseignement au Liban. Les relations positives du patriarcat maronite avec les autres religions et confessions du pays et avec les autres grandes forces internationales, surtout la France, contribua à l’indépendance du pays.

Un petit mot sur ce passage de l’évangile de Jean que nous venons d’entendre. Remarquable texte qui traduit éloquemment la triste réalité de notre condition humaine ici sur terre. Dans la liturgie maronite, ce texte a un emplacement de choix. C’est le texte du dimanche qui vient juste avant le Lundi des Cendres (oui Lundi). L’église maronite, par ce choix, rappelle à ses fidèles que le temps de carême est à aborder dans l’esprit des noces, avec beaucoup de joie. C’est un temps où nous nous rappelons notre propre alliance. Bref, il est encore tôt pour parler du carême. Reste à dire que ce texte nous rappelle que notre passage éphémère sur terre sera marqué tôt ou tard par un manque, par la précarité, même aux moments les plus culminants de notre bonheur. Le bonheur nous manquera. Notre vie est marquée par ce manque et ce manque peut se refléter différemment selon les situations.

Dans la Bible, celui qui alerte sur le manque de vin, autrement dit sur le manque de vérité, sur le manque de justice, sur le manque d’amour, sur le manque de confiance, sur le manque de fidélité à Dieu, c’est qui ? C’est le prophète ! Et on sait bien qu’en remplissant sa mission, le prophète risque toujours de n’être pas compris, et parfois menacé dans sa vie. Marie joue aujourd’hui ce rôle prophétique au risque de se laisser réprimander par Jésus. Face à ce manque, quelle action mener ? Qui sommes-nous, au fond, pour espérer transformer l’eau en vin ? Qui sommes- nous pour espérer rencontrer Jésus et lui demander de nous aider, de combler nos manques, même si apparemment les autres ne sont pas conscients de leurs manques, et que dehors, la fête continue !

Chers frères et sœurs, gardons en nous cette espérance qui se traduit en confiance en Notre Seigneur. Comme Marie, ayons confiance que Jésus continue de transformer doucement nos vies en quelque chose de plus précieux encore que cette vie, un cheminement dans l’éternité ! Là où nous sommes pauvres, là où nous sommes nus, là où se trouvent nos manques et nos blessures, Jésus vient nous toucher. Il nous transforme secrètement. Il nous ouvre à la vie autre, parce qu’éclairée de la présence de Dieu.

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