Homélie du dernier dimanche du mois de mai consacré à la Vierge Marie

Messe célébrée à Notre Dame de Fourvière

P. Joseph G. EID

Bonne fête des mères à toutes les mamans.

Sur la plage d’Hippone, Augustin réfléchissait un jour au mystère de la Trinité. Il repéra un enfant -était-ce un ange qui avec une coquille, s’appliquait à verser l’eau de la mer dans un trou creusé dans le sable ? Et l’enfant répondit : J’ai décidé de mettre toute l’eau de la mer dans ce trou ». L’évêque lui fit remarquer, en souriant, la vanité de ses efforts. L’ange lui répliqua qu’il était tout aussi déraisonnable de sa part de chercher l’explication du mystère de la Sainte Trinité.

On ne peut pas en effet enfermer le mystère infini dans une formule, obligatoirement réductrice. Cette coquille est le signe de notre pèlerinage sur terre, de notre marche. Nous avançons tous dans la vie, nous mûrissons en apprenant des choses, petit à petit. Quoi que l’on fasse, jamais on ne videra la Mer.

Mais peut-être nous pourrions en profiter, pour nous rendre la vie plus belle, prendre un peu de teint, prendre un peu de recul, vis-à-vis de nous-mêmes et des autres, plonger notre regard dans l’immensité du mystère de la vie et de l’autre.

Mais le mystère de l’autre continuera à me dépasser, le mystère de l’être humain, ce frère et sœur et cet ami que je côtoie, je ne pourrais jamais les appréhender. Heureusement que l’autre ne peut pas se limiter à ma perception. Si c’est tellement compliqué avec les créatures, voire impossible avec les êtres humains, quand bien même il serait compliqué de capturer l’essence de Dieu Trinité et de l’emprisonner dans nos conceptions.

Dès fois, on se plait pour témoigner d’un Esprit d’ouverture en vers les autres religions, surtout les religions monothéistes, d’affirmer par conformisme, qu’au fond, l’on fait tous l’Expérience du Divin, et que l’on croit tous en un seul Dieu. De par ce fait on nie notre foi, on gomme notre particularité. Notre Dieu, même s’il nous transcende, n’est pas tout à fait le même Dieu des autres religions. Notre Dieu est un Dieu-Trinité. Il est Dieu Un en trois personnes. La particularité de la personne c’est sa singularité. Chaque personne de la Trinité a son caractère propre, et en même temps, il y a cette union des volontés divines dans l’amour.Une autre particularité de la personne, c’est que l’on peut communiquer avec elle. Bien plus, avec notre Dieu-Trinité, notre Dieu Amour, la relation ne se limite pas à une simple communication. Notre relation au Père, de par le Fils dans l’Esprit devient communion.

Chers frères et sœurs, ce dimanche est également le dernier dimanche du moi de mai, moi consacré à notre mère, à la mère de Dieu. Nous prions pour que celle qui tout au long de sa vie terrestre à orienter les autres vers son Fils, nous aide davantage à pénétrer le cœur du mystère de la Trinité. A notre Dieu la gloire pour les siècles des siècles.

Homélie de la solennité de la Pentecôte

P. Joseph G. EID

Chers frères et sœurs, nous célébrons aujourd’hui la fête de la pentecôte. Et cette fête rejoint les deux autres grandes fêtes chrétiennes : la nativité de Notre Seigneur, et celle de Pâques.

Cependant, il me semble tout à fait étonnant, que cette fête primordiale, qui marque la naissance de l’Eglise dans l’Esprit, n’aie pas eu la même ampleur que les deux autres fêtes.

A Noël par exemple, nos paroisses sont bien décorées : crèches, lumière etc. Pareil pour nos maisons. La décoration, même si elle devient, petit à petit, dénuée de toute connotation religieuse, évoque l’importance de cette période festive même pour ceux qui n’ont pas la foi. Et ce qui est étonnant, c’est que cela ne se limite pas à la décoration. Nous remarquons qu’il y’a une culture de Noël, des vêtements de Noel, des mets pour l’occasion même sur le plan cinématographique, chaque année, plusieurs d’entre nous attendent impatiemment des films de Noel qui n’ont rien avoir avec la Nativité du Christ.

Pour Pâques, l’Eglise toute entière s’y investit : Carême, jeûne, prières, actes de charité chrétienne, chemin de croix, décorations pour les différentes fêtes liturgiques surtout pour Pâques. Bref, tout le monde attend Pâques.

Ce qui n’est pas le cas pour la pentecôte. Nous n’y consacrons pas énormément de temps, que ce soit sur le plan spirituel ou autre. On pense surtout à la bénédiction de l’eau… Avouons-le, ce n’est pas comme si l’on attend impatiemment cette fête, comme on le fait pour Noël ou pour Pâques. Il n’y a pas de cadeau à la pentecôte, même liturgiquement parlant, pas de grande variété de chants, pas de grandes traditions qui accompagnent cette fête comme pour Noël et Pâques. Personne ne décore sa maison pour la pentecôte. Il n’y a pas de mets ou de vêtements particuliers pour cette fête.

Et pourtant, c’est en cheminant dans la foi, à travers mon parcours religieux et à travers ma vocation sacerdotale, je suis devenu de plus en plus conscient de l’importance de cet évènement. Jésus lui-même à travers ses différentes manifestations et apparitions prépare les disciples en essayant de leur expliquer qu’il y’aura quelque chose d’extrêmement important qui va se passer. La promesse de l’envoi de l’Esprit. Mais les apôtres ne comprennent pas. C’est à la pentecôte, quant la flamme de l’Esprit les saisit au Cénacle, c’est là qu’ils font cette expérience inouïe qui va transformer radicalement leur vie.

Depuis ce moment historique, l’histoire, l’humanité, ne sera jamais plus la même. Désormais, vous et moi, nous pouvons vivre en Dieu, habiter en Lui et être unis à Dieu, si nous le souhaitons. Et l’Esprit qui unit le Père et le Fils, nous unit aux trois personnes de la Trinité.Et le prêtre porte l’habit liturgique de couleur rouge (rite latin et maronite) ou doré (rite maronite) car ce temps liturgique c’est le temps de l’Esprit qui agit en l’Eglise.

Et la couleur de l’Esprit c’est le rouge qui symbolise le feu (de l’Esprit), l’amour embrasant de Dieu qui purifie (ce qui rejoint la couleur dorée, l’or qui est purifié au feu). Mais en même temps, le rouge c’est la couleur du sang, c’est la couleur des martyrs, du don de soi, du don de sa vie par amour pour Dieu et pour le prochain.

Car en fin de compte, il ne suffit pas de dire, voilà je suis uni avec Dieu. Certes, ce don de l’Esprit qui nous est donné, à la pentecôte, qui nous unit l’un à l’autre et à Dieu en temps que membres du corps du Christ, du corps ecclésial, agit en nous si nous le souhaitions de manière à ce que nos vies deviennent feu, élan d’amour. Mais on ne peut pas faire ce choix sans une certaine forme de sacrifice, de martyre. L’amour, le vrai, est un feu qui nous consume et qui nous brûle, qui nous sanctifie, qui nous purifie et nous fait rayonner. L’amour de Dieu nous unit intérieurement guérissant nos blessures.

Chers frères et sœurs, ouvrons tous les jours notre cœur au don de l’Esprit, pour cheminer progressivement dans la compréhension et l’amour du mystère de Dieu.

Homélie du Dimanche 13 mai 2018

P. Joseph G. EID

« Je vous donne un commandement nouveau : vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. »

Dans l’AT, la Loi ne commande-t-elle pas : « …Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ? Quelle est donc la nouveauté du commandement de Jésus ?On est habitué à penser à la nouveauté comme à quelque chose qui désigne ce qui n’avait pas encore été dit ou réalisé, le dernier cri. Mais ce qui est « dernier cri » sera toujours très vite remplacé par autre chose qui ne sera « nouveau » qu’un temps, pour devenir à son tour obsolète.

Le commandement de Jésus, lui, est « nouveau », non au sens d’inédit mais au sens de qualité, de profondeur. Quand on parle d’une ALLIANCE « NOUVELLE », il ne s’agit pas de remplacer les 10 commandements, mais d’une relation à Dieu qui sera d’une qualité radicalement différente. Il s’agit de l’amour crucifié de Jésus qui ne pourra jamais être surpassé.Lorsque Jésus précise : « COMME JE VOUS AIME », ce n’est pas là uniquement un exemple à suivre : tenter de « faire pareil ». C’est l’amour de Jésus qui provoquera l’amour mutuel entre disciples, qui en sera le fondement, la source. La nouveauté de ce commandement est donc Jésus en soi, son amour présent dans le monde.

Mais, paradoxalement, on ne ressent pas toujours dans notre quotidien la présence agissante de l’amour de Jésus. Cela est dû peut-être au fait que Jésus n’est plus présent physiquement. En effet, Jésus va disparaître au regard de ses disciples. Je suis encore avec vous, mais pour peu de temps. Sa disparition est une invitation à chacun de nous, tout particulièrement à ceux qui sont appelés à croire sans voir, aux Thomas que nous sommes. Le Seigneur est en train de nous dire : Je vais disparaître, DONC aimez-vous les uns les autres ! La communauté chrétienne est le substitut de l’absence de Jésus. Les gens ne verront plus Jésus : ils ne verront que des hommes et des femmes qui disent croire en lui. Cette foi ne sera crédible que si elle est confessée et proclamée par des hommes et femmes en communion d’amour, réelle, visible, manifeste.

Chers frères et sœurs, la charité chrétienne n’est pas une aumône jetée aux pieds du mendiant. Elle est l’élan qui vient de Dieu, passe par Jésus et anime entre eux ses disciples : c’est pourquoi le plus grand argument missionnaire n’est pas le raisonnement théologique, la perfection morale des croyants, la beauté des liturgies, le nombre de pratiquants, mais leur amour mutuel, leur unité.Ne vous détrompez pas. La paroisse n’est pas qu’un lieu de célébration de rites, un organisme de solidarité, mais doit impérativement être d’abord une « vraie communauté ». Elle n’est pas une masse de pratiquants qui se juxtaposent une heure le dimanche pour s’ignorer le reste de la semaine.

L’idéal (très difficile, toujours à construire) de l’amour mutuel frappera les hommes qui y verront le signe par excellence de la présence de Jésus vivant.

Homélie de la Solennité de l’Ascension de Notre Seigneur

P. Joseph G. EID

L’Ascension du Christ représente, de manière anticipée, la victoire de chacun et de chacune d’entre nous dans sa lutte contre le péché.

En Christ, nous sommes déjà vainqueurs. Ceci-dit, cette fête doit revêtir une allure particulière d’allégresse et de joie, car notre nature humaine est déjà assumée en Dieu et c’est là que nous sommes attendus par le Père.L’icône de la fête de l’Ascension le représente avec un vêtement brun. Cette couleur signifie que lorsqu’il monte « vers son Père et notre Père, vers son Dieu et notre Dieu » (cf. Jn 20, 17), il élève avec Lui toute l’humanité.Entre-temps, nous gardons toujours les pieds sur terre.

En tant que chrétiens, cela veut dire que nous acceptons la vie telle que le Christ veut que nous la vivions. Jésus avait dit que ses disciples étaient ses “témoins” : témoins de sa mort et de sa résurrection, témoins de la conversion proclamée en son nom à toutes les nations.

Nous sommes appelés à demeurer sur cette terre, mais à soutenir l’action du Christ grâce à la mission qu’il nous confère : celle d’élever les plus bas, élever notre terre, anticiper la victoire finale.

Chers frères et sœurs, recevons de Lui notre mission car elle est le prolongement de la mission du Fils, à Notre Seigneur la gloire pour les siècles des siècles.