Homélie du 3ème dimanche de Pâques

Sur le chemin d’Emmaüs

P. Joseph G. EID

Chers frères et sœurs, ce récit des disciples d’Emmaüs nous apprend comment être de vrais missionnaires, des évangélisateurs authentiques, comme le premier et le plus grand des évangélisateurs, Jésus, et ceci à travers trois axes que je vais évoquer.

L’histoire s’ouvre avec deux personnes qui vont dans le mauvais sens. Dans l’évangile de Luc, Jérusalem est le centre de gravité spirituel : c’est le lieu de la Dernière Cène, de la croix, de la résurrection et de la pentecôte. C’est là où se déroule le drame du salut. Donc, en s’éloignant de la capitale, ces deux anciens disciples de Jésus vont à contre-courant. Jésus les rejoint dans leur voyage – mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître, et il leur demande de quoi ils parlent. Cette attitude est typique de Jésus. Il s’associe aux pécheurs. La première leçon à retenir pour être vraiment un bon missionnaire, évangélisateur, c’est d’apprendre à rejoindre les autres sur leur chemin, à ne pas les juger. Même s’il s’agissait d’un chemin de fuite, de retrait, de découragement. Cela suppose que nous apprenions à interroger les autres comme l’a fait Jésus, sur ce qui se passe dans leur vie : De quoi discutez-vous en marchant ? C’est ce qui va pousser l’autre, petit à petit, à avoir confiance et à s’ouvrir à moi. Déjà nous voyons comment l’un des voyageurs, Cléophas, commence à raconter toutes les « choses » concernant ce Jésus de Nazareth. « …Cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles etc.… » Il n’y a pas une chose que Cléophas dit à propos de Jésus qui ne soit fausse. Mais sa tristesse, son découragement, ce qu’il dit etc. nous montre la lenteur de leur foi. Déjà Jésus reconnaît cette lenteur :

« Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! »

Nous avons là une autre attitude que tout évangélisateur doit avoir. D’une part, la capacité d’être à l’écoute de ce que les personnes face à lui sont en train de dire, même si leur foi est lente. D’autre part, cette écoute doit être couplée d’une critique positive basée sur une bonne connaissance des écritures à la lumière du Christ. Je dois critiquer la lenteur de foi des autres, sans les juger. Mais je dois également les aider à mieux comprendre ce qui se passe vraiment dans leur vie à la lumière de la foi en Christ, même s’ils ne vont pas tout de suite reconnaître pleinement celui qui chemine avec eux dans leur vie.

Déjà nous voyons Jésus leur montrer le dessein global, le sens de ce qui s’est passé, et à travers ce processus ils commencent à saisir : leurs cœurs brûlent en eux. Apprenons à être des évangélisateurs qui connaissent les écritures, et qui les utilisent pour éclairer les autres, les événements dramatiques de leur vie à la lumière de la vie, de la passion de la mort et de la résurrection du Christ.

Les deux disciples insistent à ce que Jésus reste avec eux alors qu’ils s’approchent de la ville d’Emmaüs. Jésus s’assoit avec eux, prend du pain, le bénit, le rompt et le leur donne, et à ce moment ils le reconnaissent. Bien qu’ils aient commencé à voir par la médiation des Écritures, ils ne comprenaient pas encore qui il était. Mais en ce moment eucharistique, dans la fraction du pain, leurs yeux s’ouvrirent. Le moyen ultime par lequel nous reconnaissons pleinement Jésus-Christ n’est pas l’Ecriture mais l’Eucharistie, car l’Eucharistie est le Christ lui-même.

Et ainsi nous voyons la troisième grande leçon d’évangélisation. Les bons évangélisateurs sont des personnes de l’Eucharistie. Ils sont immergés dans les rythmes de la messe ; ils pratiquent l’adoration eucharistique ; ils poussent les autres à participer au corps et au sang de Jésus. Ils savent que ramener des pécheurs au Christ n’est jamais essentiellement et uniquement une question de témoignage personnel, ou une belle homélie inspirante, ou même une formation biblique qui ouvrirait les autres aux différents modèles de l’Écriture. Il s’agit avant tout de voir le cœur rompu de Dieu à travers le pain rompu de l’Eucharistie. Donc, frères et sœurs, à chaque célébration eucharistique, le Christ nous rejoint pour nous interroger, pour éclairer notre vie à la lumière des écritures (c’est la liturgie de la parole, la première partie de la messe), mais surtout pour partager le pain avec nous pour que nous puissions le reconnaître pleinement (liturgie eucharistique).

Chers évangélisateurs, faites ce que Jésus a fait. Marchez avec les pécheurs, ouvrez les écritures, et que votre vie soit une vie eucharistique qui attire les autres à venir à la table du Seigneur qui veut se donner à chacun. A Lui la gloire à jamais.

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