Homélie du Jeudi Saint 2018

P. Joseph G. EID

Chers frères et sœurs, l’épisode du lavement des pieds n’est mentionné que dans l’Évangile de Jean. La tâche de laver les pieds était celle du domestique le moins qualifié. Les gens traversaient souvent des déserts et des chemins poussiéreux. Ainsi fallait-il se laver les pieds fréquemment pour se débarrasser de la poussière, surtout avant les repas. J’aimerai insister sur 3 points.

La première chose qui a attiré mon attention est dans le premier verset où Jésus insiste sur la priorité du service. Et Jésus insiste à ce que nous acceptions même les taches les plus modestes. Il n’y a pas de service ou de tache déplorable. En se mettant au service de l’autre, l’essentiel est que nous ayons en nous cette aspiration à aimer l’autre davantage, à l’aimer jusqu’au bout. Et il y’a quelque chose d’étonnant et de bouleversant, non pas uniquement en ce que fait Jésus, mais également en ce qui concerne le moment même ou il agit. Que feriez-vous si vous étiez à la place de notre Seigneur ? Que feriez-vous si vous saviez que dans les 12 heures qui vont suivre vous allez mourir d’une mort violente et atroce ? Peut-être souhaiteriez-vous passer du temps avec ceux que vous aimez ? En ce qui me concerne, personnellement, je ne pense pas que la première chose qui me viendrait à l’esprit serait de faire ce que Jésus a fait en cet évangile. Et s’il le fait à ce moment précis, avant la fin, c’est pour montrer à ses disciples à quel point cela est important, et qu’il n’y a pas de moment particulier où le chrétien devrait agir en serviteur. En quelque sorte, c’est le testament de Jésus. Jésus s’est anéanti pour nous apprendre comment aimer jusqu’au bout. Cet amour jusqu’au bout ne se manifeste pas uniquement dans le service de ceux qui nous sont fidèles, mais nous devons également agir ainsi vis à vis de ceux qui peuvent nous blesser, nous trahir. N’oubliez pas que Judas était là, et que Jésus savait qu’il allait le trahir. Cela ne l’a pas empêché de s’incliner devant lui et de lui laver les pieds.

Un autre point que Jésus nous a montré en lavant les pieds de ses disciples est sa confiance en son identité. Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu… Jésus se connaît. Il connaît qui Il est. Il sait que le Père lui a tout remis entre ses mains. Il sait qu’il est sorti du Père. Malgré cela, il choisit de s’abaisser. Cela nous apprend qu’il nous faut comprendre notre identité pour pouvoir s’abaisser et agir en toute humilité. Trop souvent, nous sommes plus dans l’idée que le monde et que les autres nous ont aidé à forger de nous-mêmes. Nous ne nous connaissons pas vraiment car le monde nous apprend à rester dans le paraître, et nous éloigne de l’authenticité. Si vous êtes là ce soir, c’est parce que vous voulez être authentiques, humbles.

Dernier point que nous adresse le Seigneur est cet appel prioritaire à être serviteur, et qui est un besoin pour le chrétien : … Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres… Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites. Et nous ne pouvons pas être de vrais serviteurs sans être des maîtres à l’image de notre maître. Le chrétien est un leader. En fait, servir signifie diriger. Et le dirigeant doit agir humblement. Nous ne pouvons pas être appelés disciples du Christ et ne pas vouloir servir de façon humble. Cela ne signifie pas que le chrétien qui accepte un rôle de leadership doit toujours accepter de subir, et laisser les autres toujours l’humilier. Cela ne signifie pas non plus que nous devons toujours nous taire. Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais, dit Jésus en Matthieu 5. On a le droit de dire non, voire le devoir parfois de dire non, surtout quand il s’agit de s’opposer au Mauvais. Mais quand il s’agit de manifester l’amour du Christ, cela signifie plutôt que chacun de nous devrait être disposé à s’abaisser et se mettre au service de l’autre. Servir les autres au prix d’un sacrifice personnel ; s’abaisser et s’incliner lorsque nous n’avons pas à le faire, ou plutôt parce que nous n’avons pas à le faire. Paradoxalement, quand nous agissons de cette manière, nous serons dans la joie : Sachant cela, heureux êtes-vous, si vous le faites.

Chers frères et sœurs, en ce jour particulier, ayons en nous les mêmes dispositions que notre Seigneur qui s’est mis à notre service. Le Jeudi Saint rejoint le Vendredi Saint et la Pâques du Seigneur. Apprenons à nous abaisser par amour du Seigneur et de nos frères, ainsi du fin fond de l’abîme, et de la coupe amère bue avec consentement, jaillira la lumière de la résurrection et la joie de Pâques.

A notre Seigneur la gloire pour les siècles des siècles.

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