Méditation Vendredi Chemin de Croix

Le disciple bien aimé

P. Joseph G. EID

Aujourd’hui, je vais parler un peu du disciple bien-aimé, le disciple qui a été présent lors de la crucifixion. Que pouvons-nous apprendre du disciple bien-aimé? Plusieurs hypothèses ont été soulevées à propos de l’identité de ce disciple. La plus connue est celle qui associe ce disciple à l’apôtre Jean, fils de Zébédée et le frère de Jacques. Mais le but de ce que je vais dire n’est pas de soumettre une autre hypothèse sur l’identité du disciple bien aimé.

Je commence par dire qu’il n’est mention de ce disciple que dans l’évangile de Jean. Et même dans l’évangile, il est mentionné peu de fois. Il y a également mention d’un disciple anonyme, non-nommé et de l’autre disciple. Beaucoup de théologiens pensent qu’il s’agit du même personnage. Je vais essayer de suivre un peu ce disciple dans l’évangile de Jean, pour essayer d’en tirer une nourriture spirituelle pour nous aider à progresser en ce temps de Carême.

a. Aller à la rencontre du Christ

Dans le premier chapitre de l’Évangile, nous apprenons que Jean le Baptiste avait des disciples, et deux de ses disciples suivirent Jésus. Nous apprenons un de leurs prénoms. André, le frère de Simon Pierre » (Jean 1 :40). Mais l’autre disciple reste anonyme. Une des choses que l’on peut apprendre à partir de cet évènement c’est qu’en tant que disciple, il faut apprendre à écouter, il faut être à l’écoute des témoignages des autres (les deux disciples ont quitté leur maître, Jean-Baptiste suite à son témoignage). Notre écoute doit nous pousser à aller à la rencontre du Christ même si cela va nous obliger à quitter notre lieu de confort, nos habitudes. C’est-ce que fit ce disciple. Des fois, il ne suffit pas de suivre le Christ sans points de repères. Comme lui, nous sommes invités à chercher vraiment la demeure du Christ, et à demeurer avec lui. Le Christ nous invite dans sa demeure comme il l’a fait avec le disciple bien-aimé. Sa demeure pour nous chrétien, c’est son église. Il est là dans l’eucharistie, il est là comme le criait le Saint Curé d’Ars.

D’où le point suivant :

b. Accepter d’être présent au dernier repas, à l’eucharistie

Durant le dernier repas de Jésus avec ses disciples et après l’épisode du lavement des pieds et l’annonce de Jésus que l’un de ses disciples le trahira, on a la première mention explicite du disciple bien aimé au verset 23 : Il y avait à table, appuyé contre Jésus, l’un de ses disciples, celui que Jésus aimait. Comme les disciples de Jésus, on est appelé à recevoir la miséricorde de Dieu, de ce fait accepter de se faire laver par le Christ. Chercher à être pur, d’ou l’importance du sacrement de la réconciliation, tout particulièrement en ce temps de Carême, où l’on reçoit en abondance la miséricorde divine.

c. Garder de bons liens amicaux avec les autres

Après l’arrestation de Jésus, l’évangile mentionne l’autre disciple présent dans la cours du grand prêtre. C’est lui qui intercéda pour Pierre afin de le laisser entrer à l’intérieur de la cour. Il était évidemment important – car il était personnellement connu du grand prêtre, et c’est ce fait qui permit à Pierre d’accéder à la cour.Cet évènement nous apprend à demander à Dieu la grâce de la patience et de garder le sang froid, même durant les persécutions. Je dois essayer de rester proche, même de ceux qui ne partagent pas mes pensées. C’est grâce aux liens de l’autre disciple que Pierre a pu accéder à la cour.

d. Suivre le Christ même au pied de la croix.

Le disciple bien-aimé apparaît également au pied de la Croix :Quand Jésus vit sa mère et le disciple qu’il aimait, il dit à sa mère: «Femme, voici ton fils! Puis il dit au disciple : « Voici ta mère !» Et dès cette heure le disciple la prit chez lui (Jean 19). Ici nous avons une autre indication de l’importance du disciple bien-aimé : Jésus lui confie le soin de sa mère. Et le disciple est à la hauteur de la mission que Jésus lui donne, commençant à prendre soin de Marie « dès cette heure ». Comme le disciple, nous sommes invités à ne pas choisir les issues faciles, et à accepter le cadeau de Jésus, sa maman Marie. Prenons soin de Marie, et accueillons là dans la demeure de notre cœur dès cette heure.

e. Suivre le Christ au tombeau

Le disciple bien-aimé est également mentionné quand Marie-Madeleine court dire aux disciples que la tombe de Jésus est vide : Le texte nous dit qu’elle court trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. Puis le texte continue : Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part, à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.Ce que l’on peut déjà faire remarquer, c’est qu’à l’exception de la crucifixion, le disciple bien-aimé et Pierre sont toujours mentionnés ensemble.L’épisode du tombeau nous révèle que le disciple bien-aimé se reporte aussi à Pierre, lui permettant d’entrer dans la tombe d’abord, et il est prompt à croire, suite au témoignage de Pierre. Pierre est la Pierre sur laquelle est bâtie l’église. Cet épisode nous enseigne que même si notre quête nous mène à un tombeau vide, ayons confiance en l’église, attendons que Pierre arrive. Le pape a son mot à dire dans notre vie de foi. Intéressons-nous à l’enseignement de l’église. C’est après l’entrée de Pierre au tombeau, que le disciple bien-aimé vit et crut. Aimer le Christ ne suffit pas, si cet amour n’ouvre pas mon cœur à la grâce de l’Esprit qui œuvre en son église.

f. Garder une part du mystère

Il y a une dernière mention du disciple bien-aimé à la fin de l’évangile. Là on voit sept personnages présents en train de pécher : Simon Pierre, Thomas, Nathanaël, les fils de Zébédée, et deux autres (Jean 21 : 2). Les disciples passent toute la nuit à pêcher et, le matin, Jésus apparaît sur le rivage, mais ils ne le reconnaissent pas. Jésus leur demande alors s’ils ont attrapé quelque chose. Et il leur dit de jeter le filet du côté droit du bateau, et ce fut la surprise. Le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : C’est le Seigneur ! Puis on a l’épisode où Jésus demande à Pierre à trois reprises : Pierre m’aimes-tu ? et tout de suite après on a Pierre qui regarde le disciple bien-aimé et qui demande à Jésus : « Seigneur, qu’en est-il de cet homme ? »Et Jésus qui répond : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. » Nous apprenons ici que le disciple bien-aimé a continué à être bien connu par la communauté chrétienne par la suite, à cause de la rumeur qui a été suscitée par la mauvaise interprétation des paroles de Jésus, car on avait cru que ce disciple n’allait pas mourir.

Puis on a vers la fin de l’évangile l’identité de l’auteur dévoilée au verset 24, sans qu’elle ne soit réellement dévoilée : C’est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est vrai.

Personnellement, je préfère l’hypothèse selon laquelle l’identité de ce disciple reste non connue. Ainsi, chacun de nous peut s’identifier à ce disciple qui cherche à suivre le Christ fidèlement. L’évangile nous révèle des traits de caractères de ce personnage emblématique, tout en gardant un peut le coté énigmatique de ce personnage.

Peut-être que cela devrait nous dire quelque chose de sa personnalité. D’une part, c’est une attitude d’humilité que de ne pas chercher à être connu, à être aux premiers rangs, tout le temps exposé à la lumière.

D’autre part, c’est une attitude qui dit quelque chose de la grandeur de l’être humain qui reste un mystère inépuisable, surtout quand il est bien-aimé du Seigneur.

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